Archives pour la catégorie Publications

Jardin d’été – Abigail Seran

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Élé et Charles, couple de jeunes retraités, accueillent leurs petits-enfants pour un mois de vacances. Pour la première fois, ils sont tous là, les jumeaux londoniens John et June et Iris, la fille d’Agathe, mère angoissée à l’idée de laisser son enfant chez ses parents.
Une famille, comme un mobile, maintenue en harmonie grâce au rôle et à la position de chacun. Alors, quand au cœur de cet été bourguignon le passé refait surface, le fragile équilibre est mis à mal.
Ce roman polyphonique suit cette tribu un mois de juillet pas comme les autres. Celui où les non-dits se lèvent et où l’histoire personnelle de chacun se révèle, se transforme à la lumière d’une donnée trop longtemps escamotée.

Après plus de vingt ans passés à vadrouiller en Suisse Romande et à l’étranger, Abigail Seran, aussi juriste et enseignante, a posé ses valises avec mari et enfant dans son Valais natal. Jardin d’été est son troisième roman après Marine et Lila (2013) et Une maison jaune (2015). Elle est également l’auteur d’un livre de chroniques illustrées (2015) et de textes publiés dans différentes revues.
En librairie le 21 avril 2017

Les premières lignes
« Je te rappelle qu’on ne pouvait pas faire autrement. »
Le gravier crissait sous les pneus. Cette allée était toujours sans fin. Le temps de se dire les dernières phrases avant le sourire de circonstance.
« Je me demande de quelle couleur sont ses cheveux cette année ? »
Cela eut pour effet de dérider un peu Agathe. Les cheveux de sa mère, une plaisanterie familiale, une manière pour son mari d’enterrer la hache de guerre.
« Allez ! Je parie pour le turquoise. »
Du coin de l’œil, Florent vit qu’il avait fait mouche. Elle avait souri.
« Moi, je dis vert, on n’a pas encore eu, vert.
– Tu es réveillée, toi ? »
Agathe se tourna vers sa fille. Iris se réveillait toujours au moment où les petits cailloux du chemin chaotique venaient frapper la carrosserie. Elle adorait l’endroit autant que sa mère le redoutait.
« Tu crois que les J sont déjà là ? »
June et John, Agathe les avait presque oubliés dans la précipitation à trouver en urgence une solution de garde pour Iris en ce mois de juillet.
« Je ne sais plus si Élé m’a dit qu’ils arrivaient un jour avant ou un jour après toi.
– Je me réjouis, je me réjouis, mais je me réjouis tellement ! »
Iris, malgré ses yeux embrumés de sommeil, avait sur le visage la joie d’un enfant qui découvre les cadeaux de Noël sous le sapin. Agathe en eut le cœur serré.

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Un endroit d’où partir | 3. Une lettre et un cheval

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Juan quittera-t-il un jour la route ? Finira-t-il par trouver l’apaisement ? Y a-t-il une femme, une seule, qu’il n’abandonnera pas pour de nouveaux horizons ? Parviendra-t-il, l’âge venant, à s’aimer suffisamment pour se pardonner l’impétuosité et les errances de sa jeunesse ?
Une lettre et un cheval retrace la dernière partie de la vie tumultueuse de Juan Esperanza Mercedes de Santa María de los Siete Dolores. Sorte de pèlerinage sur les lieux du passé, précédée d’une longue retraite qui ne l’assagira que partiellement, c’est la période de la maturité qui commence pour Juan, avec la découverte de sa paternité, d’inattendues retrouvailles amoureuses et de nombreux deuils à traverser.

Aurelia Jane Lee (1984) possède un master en communi­cation et a également étudié la philosophie. Elle vit et travaille à Bruxelles. Elle s’est fait connaître en 2006 avec un premier roman intitulé Dans ses petits papiers, salué par la critique.
Un endroit d’où partir, sa saga en trois volumes, dévoile une nouvelle facette de son imagination et entraîne le lecteur au cœur d’une Amérique latine fantasmée.
En librairie le 24 mars 2017

Les premières lignes
De Juan, Mercedes avait conservé précieusement quelques dents de lait ; Clara Luz Alvarez García possédait une mèche de cheveux – d’un brun si sombre qu’il paraissait noir – ; Remedios avait gardé un poil pubien, épais et bouclé, et Tránsito, une cuillère en bois dont elle seule connaissait la valeur symbolique. Mais Isabel Torres de Diaz, elle, serait la mère de son enfant. Clara Luz aussi, certes, avait porté le fruit de leurs étreintes, mais il n’en restait qu’une petite tombe inconnue de tous : l’enfant était mort avant de naître, il ne portait même pas de nom – Clara Luz lui en avait donné mille, plus doux les uns que les autres, mais aucun ne l’avait fait revenir ; il n’avait pas non plus de visage. Cela avait juste été un désir, puis un regret.
Pour Isabel, c’était différent, car l’enfant avait vu le jour, et il l’avait immédiatement accaparée : elle n’avait jamais pu oublier qu’il était là, bien vivant : Estebán manifestait sa présence à tout instant, réclamant l’attention de sa mère, suspendu à son sein, criant dès qu’il le lâchait. Les seuls moments de répit, pour Isabel, étaient ceux pendant lesquels Estebán dormait. Mais c’était elle-même alors qui était captivée par ce petit corps, soudain paisible et presque silencieux, dont la perfection en miniature l’émerveillait. Elle pouvait rester penchée sur lui pendant des heures, à examiner ses traits, son petit nez épaté, sa bouche en bouton de rose, ses minuscules doigts, ses sourcils tout fins qu’il fronçait déjà, son souffle lent et calme, le duvet foncé qui lui couvrait le crâne, ses oreilles aux mille circonvolutions, le brun satiné de sa peau.
Elle avait longtemps cherché comment nommer cet enfant si c’était un garçon : Juan était hors de question, pour de nombreuses et très bonnes raisons. Elle ne voulait pas non plus qu’il portât le prénom d’un de ses frères, ce qui en éliminait beaucoup – Pilar avait alors déjà décrété que si son dixième enfant était encore un garçon, elle le baptiserait Diego. Certes, il restait tout de même du choix. En fait, c’était peut-être même l’embarras du choix qui avait empêché Isabel de se décider. Il s’agissait de l’enfant de Juan, et dans sa tête, il s’appellerait toujours el hijo de Juan. Peu importait finalement le prénom qu’on lui donnerait, il n’y en avait pas un qui eût mieux convenu qu’un autre. Comme elle ne s’était toujours pas décidée au moment de sa naissance, Hernando avait suggéré qu’on reprît le nom de son père, Estebán. Isabel n’avait rien eu contre, songeant que cela affilierait davantage l’enfant à la famille qui avait accepté de le recueillir.
Ainsi donc était né Estebán Diaz Torres, le fils de Juan : il ne portait pas le nom de son père, lequel ignorait son existence et vivait loin de là, avec une autre femme.

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Outre-Mère – Dominique Costermans

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Outre-Mère est moins le récit de la véritable histoire de Charles Morgenstern, juif, bruxellois, enrôlé dans l’armée allemande puis indicateur au service de la Gestapo, que celui de son dévoilement, malgré le silence imposé qui règne encore dans sa famille deux générations plus tard. Que faire des secrets ? De la famille, de la guerre et de ses monstres ? Du silence de la mère ?
Ces questions provoquent tout autant l’enquête de Lucie que l’écriture envoûtante de ce texte.
Le paradoxe de ce roman, son paradoxe passionnant, c’est que le secret le plus crucial apparaît moins dans une révé­lation – vite livrée au lecteur – que dans les moments anxieux, obstinés et rebondissants de son dévoilement tentaculaire.
Il en résulte un étrange passage de la souffrance et du silence à la délivrance de la mère comme de la narratrice – et du lecteur.

Dominique Costermans est l’auteur d’une demi-douzaine de recueils de nouvelles. Elle signe ici un premier roman au style clair et à l’architecture subtile.
En librairie le 10 février 2017

Les premières lignes
« Lucie, tu veux bien monter dans le bureau de Papa ? Il a quelque chose à te montrer. »
Le bureau de Papa, c’est un endroit un peu solennel. On ne s’y rend que sur invitation. Le dimanche, Papa sort son porte-monnaie de sa poche et tend une pièce à sa fille aînée, pour sa tirelire. Parfois il est question d’une récompense après un beau bulletin. Plus souvent d’une punition, pour une mauvaise note en conduite par exemple. C’est alors un sale quart d’heure à passer, comme la fois où il lui a demandé de choisir entre la fessée et la punition. Lucie a choisi la punition. Avec pour effet qu’elle a été consignée dans sa chambre tout l’après-midi au lieu d’accompagner Maman qui était invitée à aller prendre le thé chez une voisine. Deux heures passées à se morfondre dans sa chambre aux tentures closes, à se demander si elle n’aurait pas mieux fait de choisir la fessée. À froid, Papa n’aurait sûrement pas frappé très fort. Dans le pire des cas, ça n’aurait duré que quelques secondes. Tandis que là, la torture fut longue et cruelle. Allongée sur son lit avec interdiction de lire, Lucie avait eu le temps d’imaginer en détail la compagnie affable de la voisine, la délicate porcelaine dans laquelle elle servait le thé et le cake, ses compliments sur la jolie robe que Maman venait de lui acheter, ou sur ses bonnes manières. Car malgré ses incartades scolaires, Lucie savait se tenir en société.
Mais aujourd’hui, en grimpant la première volée d’escalier, elle est confiante. Le ton de Maman, sérieux mais calme, laisse entendre qu’il ne s’agit pas d’une punition (d’ailleurs, Lucie ne se souvient d’aucune bêtise récente, mais ça, tout bien pensé, ce n’est pas vraiment un critère). La porte du bureau de Papa est entrouverte ; elle entre sur les pas de sa mère.
Papa est debout près de son bureau sur lequel il a disposé une douzaine d’images pieuses en éventail. « Nous venons de chez l’imprimeur, dit-il. Voici quelques souvenirs de communion. Dis-nous lesquels te plaisent. »

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Le silence de Belle-Île – Laurence Bertels

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La quarantaine discrète, Cédric ne s’est jamais senti aimé par sa mère, ni par sa grand-mère, ni par son épouse. Et l’être dont il est le plus proche, son grand-père, Jacques Le Garrec, notaire à Saint-Pierre-Quiberon, s’éteint à l’âge de quatre-vingt-trois ans.
Présent sur la presqu’île au moment du décès, Cédric y restera jusqu’aux funérailles, aux côtés de Clarisse, la jeune dame de compagnie de son grand-père.
Sept jours qui bouleverseront son existence.
La lecture du journal intime de sa grand-mère, devenue muette au lendemain d’un naufrage, ébranlera toutes ses certitudes, d’autant que Clarisse, elle aussi, se révélera bientôt sous un autre jour.
Ce roman tout en retenue, qui laisse au lecteur sa part d’imaginaire, nous emmène de Saint-Pierre à Belle-Île-en-Mer à travers trois générations.

Laurence Bertels est journaliste au service culturel du quotidien La Libre Belgique. Le silence de Belle-Île est son second roman, après La solitude du papillon paru en 2013 aux Éditions Luce Wilquin.
En librairie le 10 février 2017

Les premières lignes
Là, sur la grève, entre chien et loup, à l’aube de l’hiver. C’est là qu’il aimait se promener, s’arrêter, frissonner, repartir ensuite. Fouler ce chemin qui n’en était plus un, heurter un caillou, respirer l’air sapide, errer au gré du vent vivifiant de la Côte Sauvage. Puis, regarder la mer se fracasser sur les rochers, se retirer pour mieux revenir dominer cette lande de terre échancrée qui s’offrait à ses assauts.
Cette côte inhospitalière, cette succession de falaises déchiquetées, cette alternance de grottes, de crevasses et d’anses de sable avaient bercé son enfance. Comme le chant du pipit maritime. Tellement plus doux que la voix rauque de la mouette qui se posa là, à l’instant, quelques mètres plus bas. Il l’observa pour se détourner de sa peine. Il était fasciné par la grâce de ses mouvements. D’apparence dodue, elle s’affinait en allongeant le cou, plongeait le bec dans une flaque d’eau, recommençait l’opération à plusieurs reprises, imperturbable. Puis elle redressa la tête, gonfla le thorax, lui tourna le dos et traversa la crique en se dandinant. Avant de rebrousser chemin pour attraper une proie indéfinissable de là-haut, trop grande pour elle. Elle s’acharna, picora à nouveau, se lassa, s’approcha de l’eau, déploya ses ailes et, majestueuse, rasa les flots avant de prendre son envol et de l’abandonner. Il le regretta. Il aurait voulu l’admirer pendant des heures.
Il poursuivit sa promenade et prit le temps de s’imprégner de chaque parfum, nuage et souffle de vent.
Dès qu’il le pouvait, Cédric revenait en Bretagne, chez son grand-père, dans cette bâtisse qui surplombait la mer, à la croisée des plages. Lui, l’insomniaque, dormait alors comme un enfant dans cette chambre remplie de souvenirs, dans ce lit d’antan en chêne massif comme le reste du mobilier.

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Le hasard a un goût de cake au chocolat – Valérie Cohen

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Le hasard existe-t-il ? Les coïncidences peuvent-elles avoir un sens ?
Impossible, vous dirait Roxanne. La charmante jeune femme vit aux côtés d’un compagnon peu loquace, d’une mère angoissée et d’une inséparable sœur. Lorsqu’elle reconnaît, sur un marché aux puces, une photographie de son arrière grand-oncle, ses certitudes sont ébranlées. Cette improbable rencontre la bouleverse.
Persuadée que les signes du destin guident ses pas, sa tante Adèle mettra tout en œuvre pour en convaincre sa protégée. Entre simples coïncidences et clins d’œil de l’existence, le quotidien tranquille de la jeune femme vacille…

Un roman plein d’humour et de tendresse sur les synchronicités et les hasards qui n’en sont peut-être pas. Un récit qui fait du bien, au cœur et à l’âme.

Valérie Cohen est née en 1968 à Bruxelles. Elle dissèque les sentiments humains et signe des romans tendres et émouvants. Elle y aborde avec légèreté des sujets profonds, y explore nos ombres et y donne vie à des personnages attachants. Le hasard a un goût de cake au chocolat est son cinquième roman.
En librairie le 20 janvier 2017

Les premières lignes
« Tu es certaine que tu vas bien ? Chérie, regarde-moi. »
Certaines choses ne changeront donc jamais, soupire Adèle en ébauchant un sourire rassurant en direction de son époux. La couleur incertaine des yeux d’André, par exemple, lorsque l’inquiétude s’empare de lui. Ses prunelles vertes se voilent alors d’une nuance de gris, et elles lui font immanquablement penser à un océan avant la tempête. Adèle a toujours adoré l’océan, ses embruns et le bruit de ses colères. L’Atlantique, surtout. Peut-être, parce que c’est le seul dont elle a foulé les plages. Un peu de sable, recueilli dans une bouteille à sirop en verre, traîne depuis des années dans un tiroir de la cuisine. Elle ne sait qu’en faire et rechigne à le jeter. On ne se débarrasse pas si facilement d’un souvenir.
Consciente des regards trop appuyés du notaire et de son époux, Adèle repose le stylo avec délicatesse sur la table en verre. « Une ineptie, ce mobilier moderne », se dit-elle avec aigreur. La vue de ses pieds gonflés par la chaleur et sanglés dans des sandales ouvertes lui paraît éminemment intime, et elle replie, un peu plus encore, les jambes sous la chaise en cuir noir. Un décor minimaliste, savamment étudié pour ne pas laisser trop de place aux émotions. Une étude notariale, antichambre des événements marquants d’une existence, ne peut absorber qu’un quota limité de plaintes et de larmes.

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Petite fantôme – Mathilde Alet

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Quand on a une grande sœur, on passe les quinze premières années de sa vie à essayer de lui ressembler et les suivantes à essayer d’être différente.
Les sœurs Gil et Jo Agnelli entretiennent leur complicité en se retrouvant chaque mercredi à la même heure au café Les Trois Compères, qu’elles surnomment Les Deux Commères. Gil est assistante auprès d’un cabinet d’avocats et apprentie-écrivain. Son rêve de faire publier son premier roman rétrécit à mesure qu’elle reçoit les lettres de refus des maisons d’édition. Suivant les conseils de Jo, elle décide d’écrire un autre livre. Un livre qui sera publié, commenté, lu. Un bestseller ! Les deux sœurs se lancent alors dans une aventure littéraire qui bouleverse leurs repères, perturbe même leurs sacro-saints rendez-vous du mercredi. Que reste-t-il d’un lien quand on en perd les habitudes ?

Mathilde Alet est une auteure franco-belge. Son premier roman, Mon lapin (Éditions Luce Wilquin, 2014), dévoile une écriture dépouillée et efficace qui sonde les liens familiaux à travers le prisme des choses légères du quotidien. Elle collabore régulièrement à la revue culturelle en ligne Karoo, consacrant ses chroniques à la découverte des œuvres littéraires belges.
En librairie le 7 octobre 2016

Les premières lignes
Gil est assise à sa place habituelle sur la banquette orientée fenêtre. Elle ne s’inquiète pas tout de suite du vide de l’autre côté de la table. Des deux sœurs c’est Jo, la retardataire. Pendant les premières minutes d’attente, Gil observe toujours le skaï rouge défraîchi et déchiré par endroits de la banquette encore libre, laissant s’échapper une mousse synthétique brunâtre. Elle pense à toutes les fesses qui s’y sont avachies, les leurs exclusivement les mercredis à seize heures, à la transpiration collante des cuisses dénudées en été et à l’improbabilité évidente d’un coup d’éponge sur ce faux cuir poisseux. Après, elle jette un œil à l’horloge Ricard au-dessus du bar qui, à ce stade-ci, indique en général seize heures trois. Quoi qu’elle fasse, et même les jours de grève, de pluie ou d’oubli – dans sa vie aussi surgit l’imprévu –, Gil est toujours à l’heure. Pas en avance. À l’heure à faire peur. Aux rendez-vous vers seize heures, elle arrive à seize heures tapantes. Le temps de Jo est plus élastique, moins horloger, plus personnel. Gil le sait bien mais n’amène jamais de livre, espérant chaque fois une soudaine ponctualité de sa sœur.

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Un endroit d’où partir | 2. Une vierge et une cuillère en bois – Aurelia Jane Lee

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On retrouve dans Une vierge et une cuillère en bois Juan Esperanza Mercedes de Santa María de los Siete Dolores à l’âge de vingt et un ans. Peintre abstinent, amant impénitent, chercheur solitaire, homme-arbre dont le bois semble craquer de toutes parts, il poursuit sa route, tentant de remonter aux origines de son existence.
La vie l’entraînera une fois encore, à travers d’improbables détours, vers de nouvelles amours et des horizons artistiques insoupçonnés, pendant que Don Isaac, Clara Luz, Remedios et tous ceux qui l’ont aimé se laisseront, eux aussi, surprendre par le destin. Car les êtres qui croisent la route de cet orphelin en ressortent à jamais transformés et libérés.

Aurelia Jane Lee (1984) possède un master en communication et a également étudié la philosophie. Elle vit et travaille à Bruxelles. Elle s’est fait connaître en 2006 avec un premier roman intitulé Dans ses petits papiers, salué par la critique.
Un endroit d’où partir, sa saga en plusieurs volumes, dévoile une nouvelle facette de son imagination et entraîne le lecteur au cœur d’une Amérique latine fantasmée.
En librairie le 7 octobre 2016

Les premières lignes
Près de quatre mois s’étaient écoulés depuis que Juan avait frappé à la porte du couvent de Nuestra Señora de la Inmaculada Concepción, lorsqu’il en sortit pour la première fois, chargé de provisions soigneusement préparées par la sœur Dulce et qui devaient lui permettre de ne pas revenir avant trois ou quatre jours. Il trouva ce qu’il cherchait dans un village distant de quelques kilomètres, chez divers artisans. En empruntant chez les uns et chez les autres, il finit par rassembler tous les outils nécessaires ; il promit de tout rapporter et nota donc ce qu’il avait pris à chacun, ainsi qu’où se situaient leur maison ou leur atelier. Sur la route du retour, il trouva le dernier élément qui lui manquait, lequel le ralentit fortement dans sa marche : un rondin long de près d’un mètre cinquante qu’il fit rouler devant lui, jusqu’à l’entrée du couvent.
Il réintégra alors sa cellule et se mit avec ardeur à écorcer, équarrir, tailler, raboter, limer, comme il avait appris à le faire auprès des artistes de la caravane, quand il confectionnait des objets religieux pour un peu mieux gagner sa vie. Il n’avait jamais travaillé sur une aussi grosse pièce et, dans les premiers jours, il s’inquiéta beaucoup à l’idée d’enlever trop de matière. Avec le bois, on ne pouvait pas revenir en arrière, recoller les morceaux, remodeler : il fallait tricher ou recommencer à zéro, avec un nouveau rondin. Il progressa donc lentement, avec circonspection, s’adonnant à de savants calculs que lui avait enseignés Don Isaac, traçant des repères, y réfléchissant même la nuit. Il ne sentait plus ses mains le soir venu, quand il se couchait enfin, mais la silhouette commençait à prendre forme. Les sœurs, qui se relayaient pour déposer la nourriture, l’eau et le savon, ne passaient chacune que tous les trois ou quatre jours, et elles découvraient d’une fois à l’autre l’esquisse à un stade nettement plus avancé. Elles en parlaient entre elles. Il n’y eut très vite plus de doute : elles assistaient à la naissance d’une Vierge.

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Ce qu’elle ne m’a pas dit – Isabelle Bary

525blog

Quel est le point commun entre une quadragénaire moderne, belge et blonde du XXIe siècle et un trappeur amérindien né dans les années ’20 ? Le sang !
Marie a quarante-sept ans. Avec Alex, son mari, et Nola, leur fille de seize ans, ils forment une famille bourgeoise contemporaine : un boulot accaparant, une indispensable vie sociale, un chien à poils longs, des engueulades et des fous rires, des sushis le samedi, des impertinences d’ado avec un peu d’herbe fumée en cachette et, bien sûr, trop d’Internet. Rien d’extraordinaire, en somme.
Mais ça, c’était avant. Avant que Marie découvre le secret bien gardé du passé passionné et violent qui est le sien. Tantôt cruelle et tantôt drôle, émouvante et parfois désespérée, la révélation de ce secret tisse peu à peu une histoire qui rapprochera Marie de sa fille.
Parce que nous avons tous de vieux secrets, petits ou grands, l’auteur de Zebraska célèbre, dans son huitième roman, l’imagination, la mémoire, l’amour, l’humour et la joie de vivre comme alternatives au silence.

Isabelle Bary est née à Vilvorde en 1968, d’une maman mi-flamande, mi-anglaise, et d’un papa bruxellois francophone. Comme les chevaux, la lecture et le chocolat, l’écriture a conquis son cœur dès l’enfance, mais la possibilité de la vivre n’est venue que bien plus tard, après ses études d’ingénieur commercial Solvay et une courte vie de femme d’affaires.
En librairie le 2 septembre 2016

Les premières lignes
Les doigts crispés sur le volant, Alex pilonna le frein. Marie poussa un petit cri qu’elle estima d’emblée ridicule : il n’y avait eu aucun impact. Un homme se tenait là, droit devant eux, au milieu de cette rue tranquille caractéristique des quartiers bourgeois. Un homme nu. Entièrement nu ! Alors qu’Alex se remettait de l’effort fourni pour éviter l’obstacle en récitant silencieusement un vers de Baudelaire, Marie calmait sa tachycardie en calculant le nombre de microsecondes qui auraient transformé ce moment surréaliste en cauchemar sanglant. Jamais ils ne sauraient qui était cet homme. Ni même son âge, s’il était beau ou moche, effrayé ou amusé. Les phares n’éclairaient qu’une certitude : le genre était masculin ! Lorsqu’Alex s’apprêta à le rejoindre, l’inconnu fit volte-face, leur offrant la version pile de son bas-ventre. En quelques secondes à peine, il avait disparu. On aurait pu croire alors que rien ne s’était passé. Sauf que Marie tremblait. L’incident avait éveillé cette chose en elle. Cette chose dont elle ne parle pas et qui l’habite depuis toujours. Non, pas depuis toujours, mais c’est pareil. L’effet est le même, tétanisant. Alex savait, bien sûr. Alors, il lui a caressé la joue puis, y approchant ses lèvres à la manière d’un baiser, il lui a susurré ce qui lui venait simplement à l’esprit : Ce type, Marie, avait la fesse molle !
Le rire était sans aucun doute le plus joli trait d’union entre ces deux-là.

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La vie est un voyage – Jacques Franck

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Ces Mémoires sont une somme inestimable, le récit d’une vie passée à écouter les autres et à transmettre leur parole, à découvrir des textes et des lieux, à nouer des amitiés fidèles.
Préface de Jacques De Decker
Regard de Stéphane Lambert
Témoignage de Francis Van de Woestyne

Enfin les Mémoires de Jacques Franck, la mémoire de la Libre Belgique (il y est entré en 1957), mais avant tout le témoin privilégié de trois quarts de siècle de culture, de diplomatie, de voyages, de rencontres, d’amitiés…

Jacques Franck, né en 1931 dans la bourgeoisie anversoise, fait d’abord sa scolarité en flamand avant de la prolonger en français aux facultés universitaires de Namur, puis à l’université de Louvain (il est diplômé en droit). Entré en 1957 au journal la Libre Belgique, il ne le quittera plus (il y donne toujours des chroniques). De la politique belge à la politique internationale, puis à la culture et aux livres, du secrétariat de rédaction à la direction de la rédaction avant de redevenir simple (mais très écouté !) chroniqueur à l’âge où les autres prennent leur retraite, il n’y a que le sport et la finance qu’il n’y ait pas traité…

En librairie le 13 mai

Les premières lignes
Repenser à mon enfance, c’est mesurer l’extraordinaire changement de la société que j’aurai traversé.
Bien que je sois né en 1931, j’ai encore connu le XIXe siècle : allumeurs de réverbères dans les rues du village comme dans un conte d’Andersen ; prairies tondues à la faux dont la large lame coupait ensemble l’herbe et les boutons d’or, comme celle de la Mort indistinctement les riches et les pauvres dans l’imagerie du Moyen Âge ; pains de glace fournis à domicile enveloppés de jute ou de papier ; corbillards tirés par des chevaux empanachés et moi, dans un fiacre, avec mes frères, derrière celui de notre tante Mélanie en juin 1944 ; deux vieilles demoiselles, nos voisines qui survivaient dans des salons qui n’avaient pas changé depuis Madame Bovary ; vicaires précédés d’un enfant de chœur en surplis et muni d’une lanterne qui allaient porter le Saint-Sacrement à des malades, et je fus un de ces enfants de chœur escortant Dieu chez des lupiques au visage atrocement dévoré par des plaques rouges cutanées, dans une maison située à Anvers… rue du Ciel.
Jusqu’à douze ans, j’ai vécu à Boechout, un village près d’Anvers qui ne comptait avant la guerre que six mille habitants, et de nature essentiellement rurale. Mon grand père y avait acquis une maison de campagne, où il se retira définitivement après la guerre de 1914-18. Mon père y vivait avec ses parents. Lorsqu’il se maria en 1930, Maman vint y habiter, et mes frères et moi y avons grandi jusqu’à notre installation à Anvers en 1943. Mes frères jumeaux Pierre et André sont venus me rejoindre en 1933, mon frère Robert en 1936. Cette maison et son grand jardin sont aujourd’hui pour moi le berceau de celui que je suis devenu. Un lieu dans lequel il m’arrive de me retrouver dans mes rêves. Bref, un lieu mythologique. Mon jardin d’Éden à moi. Le Paradis terrestre d’avant la connaissance du bien et du mal.

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Enfin seuls ? – Patrick Dupuis

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Certains l’ignorent, d’autres en rient. Elle est subie, acceptée, recherchée, quittée avec joie ou à contrecœur… Dans son quatrième recueil de nouvelles, Patrick Dupuis explore, par petites touches tristes, drôles ou émouvantes, les multiples facettes de la solitude.

Patrick Dupuis est passionné par la nouvelle, à la fois comme lecteur, comme éditeur (chez Quadrature) et comme auteur. Il nous offre ici son quatrième recueil de nouvelles (le troisième chez Luce Wilquin après Nuageux à serein et Passés imparfaits). En 2013, il a reçu, pour Passés imparfaits, le prix Place aux Nouvelles attribué lors du salon de Lauzerte, manifestation qui, toutes proportions gardées, est à la nouvelle ce qu’Angoulême est à la bande dessinée, dans la mesure où une pléiade de nouvellistes francophones se rassemblent à cette occasion.

En librairie le 13 mai

Les premières lignes
Je venais d’ouvrir. Deux tables étaient occupées, l’une par un vieux couple qui passait tous les matins prendre un café et l’autre par deux amoureux qui se regardaient dans le blanc des yeux au point d’en oublier de boire leur limonade. À part ces quatre clients, le bar était vide. Il faisait frais, le ciel était gris, et je n’avais pas installé la terrasse.
Il est entré sans faire de bruit, a regardé autour de lui et a choisi une table dans le fond. Un homme entre deux âges au costume de bonne coupe et avec une tête à laisser un pourboire. Il s’est assis sur la banquette, a retiré l’écharpe de laine rouge qui lui tournait autour du cou et l’a placée devant lui. De loin, il m’a commandé une bière. Un homme poli qui avait ajouté un gentil « S’il vous plaît » et un sourire. Il avait les yeux bleus.
Je lui ai apporté sa consommation, il m’a remerciée, a trempé ses lèvres dans la mousse blanche… Et puis rien. Il est resté immobile une bonne heure, assis devant sa bière qui tiédissait et perdait sa mousse. De temps en temps, il triturait son écharpe. Son regard revenait régulièrement vers l’entrée du café ; il semblait attendre quelqu’un.
Des gens sont arrivés, des habitués. C’était Françoise par-ci, Françoise par-là. Je servais, j’encaissais la monnaie, je répondais aux plaisanteries grasses des hommes accoudés au comptoir.
J’avais oublié l’inconnu.

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Un endroit d’où partir | 1. Un vélo et un puma – Aurelia Jane Lee

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Enfant trouvé, Juan Esperanza Mercedes de Santa María de los Siete Dolores grandit au sein d’un couvent, puis d’une hacienda où il devient l’élève de Don Isaac, homme érudit au passé mystérieux.
Développant très jeune un talent pour la peinture, mais aussi pour abandonner les femmes qu’il aime, Juan mènera une vie marquée par les ruptures successives, le doute, la culpabilité et la quête du véritable amour.
Un endroit d’où partir raconte le parcours d’un homme et d’un artiste tourmenté par ses choix, mais aussi profondément inspiré, sensible et amoureux, qui bouleverse la vie de tous ceux qui le rencontrent.
Une saga en trois tomes au cœur d’une Amérique latine fantasmée
Un personnage hors du temps et si universel
Des thèmes millénaires : la blessure de l’abandon, la filiation, la foi,…
Deuil des illusions, des amours perdues, de l’enfance,…
Une œuvre mature et très ambiteuse par l’auteur de Dans ses petits papiers

Aurelia Jane Lee (1984) possède un master en communication et a également étudié la philosophie. Elle vit et travaille à Bruxelles. Elle s’est fait connaître en 2006 avec un premier roman intitulé Dans ses petits papiers, salué par la critique et… Alexandre Jardin ! Quatre romans et deux recueils de nouvelles suivront, toujours aux éditions Luce Wilquin.
Un endroit d’où partir, son huitième opus, dévoile une nouvelle facette de son imagination et entraîne le lecteur dans une véritable saga en trois tomes, au cœur d’une Amérique latine fantasmée.
En librairie le 8 avril 2016

Les premières lignes
Juan Esperanza Mercedes de Santa María de los Siete Dolores avait pour surnom Juan del Convento parce qu’il avait passé les premières années de sa vie dans un couvent. On ne savait ni où ni quand exactement il était né. Probablement à la fin de la saison sèche, et dans les environs de l’église Santa María de los Siete Dolores, dans l’entrée de laquelle la mère Esperanza, alors âgée de soixante-quatorze ans déjà, le trouva un beau matin de mars. Son petit corps nu était emmailloté dans un immense drap de lit qui avait dû un jour être blanc ; il hurlait de faim. La mère Esperanza, désemparée, l’avait emmené au couvent en se bouchant les oreilles et le nez avec toute la force du Saint-Esprit, ses doigts n’étant pas libres et le petit – Dieu seul savait depuis combien de temps il était là – ayant souillé le drap.
Lorsque la mère Esperanza était entrée dans la salle à manger avec son paquet de linge jauni et malodorant, les autres avaient tout de suite su qu’il y avait quelque chose d’inhabituel, parce qu’un ballot de draps sales, en aucun cas, ne glapit ni ne s’étouffe en sanglots. La petite chose braillarde et son excrétion puante furent déballées au centre de la table, entre le pot de beurre et le sucrier, et de nombreuses mains s’employèrent à laver l’enfant avec des chiffons doux passés à l’eau froide, comme on aurait nettoyé un petit Jésus de céramique dans l’intention de préparer la crèche. La petite chose avait une autre petite chose entre les jambes qui fit qu’on décida de l’appeler Juan, comme l’apôtre préféré du Christ, qui lui était resté fidèle jusqu’au bout. Un prénom est en effet chose bien commode pour désigner un être vivant.

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Retour à Domme – Françoise Houdart

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« Tu me crois, n’est-ce pas, Oscar, quand je te dis que le petit rouge-gorge n’est pas mort ? » L’enfant avait juré. Il avait assuré qu’il la croyait, Mamie, sa grand-mère adorée ; mais il mentait. Ils mentaient tous les deux, consciemment et par amour. Et c’est à cause de ce mensonge d’amour qu’il se retrouve, Oscar, des années plus tard, dans un village du Sud-Ouest, entraîné malgré lui dans une histoire où ses joies et ses peurs d’enfance se confrontent à l’inquiétant Coulobre de la Dordogne, aux secrets de la vie de Mamie et aux risques qu’il encourt à poursuivre l’oiseau jusqu’aux remparts de Domme.

Traductrice de formation et enseignante, poète, nouvelliste et romancière, Françoise Houdart tente, à travers l’écriture, d’explorer les chemins entre réalité, vraisemblance et fantasmes où marchent, se perdent, se trouvent, s’aiment ou se débattent des personnages qui nous ressemblent. Son œuvre romanesque comprend à ce jour seize titres, tous publiés par les Éditions Luce Wilquin. Le Prix triennal de Littérature Charles Plisnier, attribué en 2014 au roman Les profonds chemins, est venu enrichir un palmarès déjà prestigieux. L’auteur déploie aussi de multiples activités dans les bibliothèques et les écoles.
En librairie le 11 mars 2016

Les premières lignes
Soudain, quelque chose de frais effleure sa peau. Il le perçoit bien, à présent : cela se pose et s’éloigne. Cela lui butine la tempe, le lobe de l’oreille droite. Menus baisers humides. Un souffle tiède fait frissonner les longues mèches éparses sur sa nuque : Oscar écarte les mains de son visage, lentement, très prudemment. Entrouvre les yeux… Le chien détourne la tête en gémissant, comme implorant le pardon de l’homme accroupi dans l’herbe sur le bas-côté de la route, l’homme prostré qu’il avait flairé sans méfiance. « Reste », murmure Oscar. « Reste, je t’en prie. Viens là, le chien. Viens. » Oscar avance la main, mais le chien se rétracte, se lève gauchement sans quitter du regard la main tendue vers lui, hésite, puis disparaît dans la frange buissonneuse du petit bois qui jouxte la route. Un chien sans collier, perdu peut-être. Perdu comme lui. Oscar regarde autour de lui : où est-il ? Que fait-il ainsi recroquevillé sur le côté de la route à deux mètres de sa voiture ? Pourquoi a-t-il brusquement quitté son véhicule en laissant grand ouverte la portière côté chauffeur ? Une route déserte, pense-t-il, dans ce no man’s land entre deux nowhere. N’aurait-il pas remarqué un panneau signalant l’interdiction formelle d’emprunter cette route ? Zone militaire ultra prohibée ? Zone d’expérimentations scientifiques ? Mais alors, les champs de blé ?… Et les immenses pâturages qui coulent vers le creux de la combe ? Et le bois tout palpitant d’ailes et de furtifs remuements ? Non, la réalité ne peut qu’être banale.

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