La méridienne du cœur – Aurelia Jane Lee

Il vient du Sud, elle vit au Nord. Il parle peu, elle pense trop. Il l’aime. Elle aussi – mais elle a surtout peur de le perdre.
Le jour où T. s’en va, le monde s’écroule pour Lil. Elle tente alors de réécrire le roman de son amour, pour donner un sens à ce départ brusque et silencieux.
Dans la solitude, Lil va enfin porter sur elle un regard plus lucide, tantôt encore critique et sévère, tantôt plus tendre et drôle.
Le sixième opus d’Aurelia Jane Lee depuis ses débuts en 2006 avec Dans ses petits papiers
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Les premières lignes
Je marchais sur la plage depuis des jours.
Cet été-là, le ciel était d’un bleu implacable, strié de blanc. Tous les jours. Tous les jours le même temps, le même azur parcouru d’étroites bandes nuageuses. Presque comme celles que laissent les avions. Des traînées de vapeur. Des rubans blancs.
La plage s’étalait, parfaitement plane, sur des kilomètres. Seuls reliefs : des paquets d’algues que le soleil desséchait, qui exhalaient une odeur humide aux accents sexuels. Parfois, on les voyait fumer, à marée basse.
J’arpentais le bord de mer, sans relâche. À son image, j’étais calme et sans irrégularité, lisse, constante. Ce n’était qu’une apparence. Comme la mer, je cachais bien des choses.
Je n’étais pas la seule. Depuis que j’étais là, j’avais observé un vieil homme au comportement étrange. Toute la journée sur le rivage, lui aussi. Peut-être même la nuit. Il semblait chercher quelque chose, une chose qu’il aurait perdue, dans l’eau. Je le voyais entrer dans l’eau, plonger, revenir ensuite avec, entre ses mains, des objets que je distinguais mal dans la lumière écrasante. Que pouvait-il trouver dans la mer qui suscite tant son intérêt ?

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Accident de personne – Anne-Frédérique Rochat

Une jeune femme peintre perd le goût de créer, le goût d’aimer, le goût de vivre. Elle croit le retrou­ver en s’immisçant dans la famille d’une ancienne cama­rade de classe qui vient de mourir, au risque de sa propre identité. C’est alors qu’une blessure mal cicatrisée se rouvre, béante.
Entre rêve et réalité, Charline marche sur un fil, à la recherche d’elle-même.
Le premier roman d’une comédienne et auteure dramatique suisse
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Les premières lignes
Ça défile, ça défile. Inexorablement, ça défile. Il n’y a rien à faire, rien à retenir. Ça défile. Derrière la vitre, ou peut-être est-ce devant, les arbres courent, et le ciel les suit. Immobile et gris. Si seulement mes pensées pouvaient suivre le flux, avancer, défiler, courir, rouler, et ne plus tourner en rond. Si seulement…
Je voudrais avoir les idées claires.
Je voudrais avoir des idées tout simplement et cesser de broyer du noir. Je suis à sec, « désinspirée ». Le monde est plat. Mes mains sont vides. Mes yeux ne voient plus l’intérieur des choses, ils ne voient plus à travers. Où est passé le jaune qu’il y avait dans le vert ? Je n’arrive plus à peindre. Et toutes les couleurs qui sublimaient le gris ? Plus envie. Pour quoi faire ? Et puis que faire ? Des arbres, encore et toujours. Des hommes, des femmes, pareils à eux-mêmes. Des carcasses. J’ai perdu ma sensibilité artistique, j’ai perdu mes antennes. Voilà ce que je tourne en boucle dans ma tête depuis le début du voyage.

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Sur la pointe des mots – Marie France Versailles

C’est l’histoire de la rencontre inattendue de deux femmes qui ont pris la plume pour dire au revoir à ceux qu’elles aiment. Peu importe si l’une grave ses mots sur le parchemin rétif tandis que l’autre pianote sur son clavier…
Entre elles, onze siècles. Tout les sépare, et pourtant la rencontre a lieu. Et la connivence.
Un petit traité du lâcher prise plein d’humour et de tendresse
Un roman délicieux…
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Les premières lignes
Une femme est assise sur un rocher au bord du torrent. Son bras gauche enserre ses genoux ramenés contre elle. Ses pieds déchaussés reposent au frais de la mousse.
Le torrent dévale, rebondit sur les pierres, éclabousse l’herbe de gouttes de lumière.
C’est un moment où se sentir bien.
La chaleur sur les épaules, la main droite abandonnée au vif du courant.
Retour de promenade.
Elle a laissé ses compagnons la devancer. Les enfants se sont mis à courir à travers l’alpage, tandis que leurs parents suivent le sentier qui sinue dans la descente. Le village, en contrebas, ne se devine pas encore.
Elle attend que s’atténue le bruit des voix. Juste un dernier cri, de victoire, d’un gamin sûr de son avance : C’est moi qui arriverai le premier!
Et puis, le silence et la fraîcheur de l’eau dans la tiédeur de l’été.

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Derrière moi – Bérengère Deprez

Un photographe englouti, une petite fille qui parle aux chats, une recette de potage, une fantas­tique famille nombreuse, un camionneur tombé par hasard en pleine intrigue de Lolita, une factrice amoureuse,… Derrière cette collection d’histoires pointe la même inquiétude incrédule à propos de l’aventure humaine, entre humour et dérision, entre pessimisme et rédemption du quotidien. Par l’auteur de Kilomètre 7 et du Sablier du jour.
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Les premières lignes
– Quoi ? Tu ne connais pas la clam chowder, toi qui as passé trois mois dans le Maine, soi-disant pour écrire un roman comme les vrais écrivains américains ? Mais qu’est-ce que tu as foutu, dans le Maine ?
J’esquive de peu la cuiller en bois que Geoffrey m’a lancée à la tête.
– Je ne suis pas allé écrire un roman, je suis allé repérer pour un film, avec un ami cinéaste. Et les vrais écrivains américains, comme tu dis, ils vont plutôt dans le Vermont, il y fait moins froid.
Une fois de plus, son accent me ravit mais je me garde de le lui dire. Du reste, quand je parle sa langue, le mien ne doit pas l’ennuyer non plus.
Nous sommes dans la petite cuisine de son appartement bruxellois. Son amie travaille à l’OTAN, et lui, à part écrire, je ne sais pas ce qu’il fait. Je veux dire, je ne suis pas sûre qu’il ait un salaire, mais après tout ça ne me regarde pas.

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Les 20 ans des Éditions Luce Wilquin

Les Éditions Luce Wilquin ont fêté leurs 20 ans à la Foire du Livre de Bruxelles en offrant aux auteurs maison (et au public!) une remarquable lecture-spectacle de la Compagnie Albertine: 20 extraits de textes de 20 auteurs du catalogue (un choix cornélien parmi les 450 ouvrages parus!) ont pris chair et vie par les voix des comédiens Sandrine Bonjean et Christian Crahay, magistralement accompagnés au violoncelle par Sigrid Vandenbogaerde, le tout mis en scène par Geneviève Damas. Cette lecture-spectacle a vocation à tourner en Belgique et à l’étranger…
Un cocktail a ensuite rassemblé dans une ambiance sympathique et détendue auteurs, journalistes et libraires. De quoi nous redonner de l’énergie pour 20 autres années!

Le décès d’un grand écrivain

Guy Vaes est décédé le 26 février 2012, et il a été incinéré dans la plus stricte intimité selon son souhait.
Cette disparition laisse un grand vide dans les lettres belges, même si l’écrivain n’a pas connu de son vivant la notoriété que méritait son talent. Écoutez Jacques De Decker parler de cet auteur exigeant en chemin vers le mythe.
Les Éditions Luce Wilquin ont publié ses deux derniers romans, Les apparences (2001) et Les stratèges (2002).
André Sempoux lui a par ailleurs consacré en 2007 une remarquable monographie sous le titre Guy Vaes – l’effroi et l’extase.

Où rencontrer nos auteurs en mars ?

A la Foire du Livre de Bruxelles, bien sûr, sur notre stand n° 220… ils sont nombreux en dédicace pendant les cinq jours, merci de vous reporter à l’agenda de la Foire sur le site flb.be.
A la Foire du Livre, les Editions Luce Wilquin fêtent leurs 20 ans le jeudi 1er mars avec une lecture-spectacle proposée par la Compagnie Albertine, 20 ans, cela se fête… avec vous!, 20 auteurs, 20 extraits du catalogue lus pas Christian Crahay et Sandrine Bonjean, accompagnés au violoncelle par Sigrid Vandenbogaerde. Cela se passe à 18 heures, à l’espace Police de caractères.
Le 1er mars à 20h30, Françoise Lalande (Nous veillerons ensemble sur le sommeil des hommes) participe à un grand débat animé par Eddy Caekelberghs et organisé à l’ULB par l’Union des anciens étudiants.
Luc-Michel Fouassier dédicace son roman Un si proche éloignement au Salon du Livre de Provins, en Seine et Marne, les 10 et 11 mars. Le 24 mars après-midi, il va à la rencontre de ses lecteurs à la librairie Vaux Livres de Vaux-le-Pénil.
Le 11 mars à 10 heures, dans le cadre d’Anderlecht au féminin, Geneviève Damas, Prix Rossel 2011 avec Si tu passes la rivière, rencontre ses lecteurs à la Bibliothèque de l’Espace Maurice Carême, en compagnie de Laurent Dehossay. À noter que Geneviève Damas participe à de nombreuses rencontres en classe durant tout le printemps.
Eric Brucher vous attend le 16 mars à 19 heures à l’Espace culturel de Grez-Doiceau à Néthen dans le cadre des Nuits d’encre; le Goût des lettres est consacré à son second roman intitulé Colombe.
Les Editions Luce Wilquin sont bien sûr présentes au Salon du Livre de Paris (stand F32). Geneviève Damas, Line Alexandre, Luc-Michel Fouassier, Françoise Lison-Leroy, Annick Stevenson et Valérie Cohen y dédicacent leur dernière parution.
Le 23 mars à 19 heures, Françoise Houdart présente Isabelle Bary (La prophétie du jaguar) à la Bibliothèque de Boussu, dans le cadre des rencontres culturelles.
Laure Mi Hyun Croset compte parmi les invités du Salon des Dames à Nevers, les 24 et 25 mars. Elle y dédicace ses deux ouvrages (Les velléitaires et Polaroïds), mais participe aussi à une rencontre avec Laurence Cossé et Régine Deforges, rencontre animée par Baptiste Liger (collaborateur de Lire, Jeux d’épreuves et Technikart).
Le 27 mars à 19 heures 30, Eveline De Couvreur présente Justine Lalot (Pas grand-chose) dans le cadre des rencontres littéraires du Petit Théâtre de la Ruelle à Lodelinsart.
Enfin, le 30 mars à 19 heures 15, Laure Mi Hyun Croset reçoit l’Eve de l’Académie Romande 2011-2012 pour Polaroïds, dans le cadre de la grande fête de l’Académie Romande, à la Maison de quartier des Eaux-Vives.

Nos auteurs ont été remarqués

Après le Prix Rossel reçu début décembre, Si tu passes la rivière de Geneviève Damas est finaliste du Prix Une commune, un livre en Seine et Marne et a été sélectionnée pour le Festival du Premier roman de Chambéry. Un petit regret sur cette dernière sélection, qui nous a mis en joie: Geneviève Damas prise par les représentations de sa nouvelle pièce ne pourra se rendre à Chambéry fin mai.
Le Prix Eve de l’Académie romande sera officiellement remis fin mars à Genève à Laure Mi Hyun Croset pour son roman Polaroïds, le Prix Adam allant à Metin Arditi.
Françoise Lalande voit, elle, son roman La séduction des hommes tristes sélectionné pour le Prix littéraire de la Fondation Bernheim, et son tout nouvel opus, Nous veillerons ensemble sur le sommeil des hommes en lice pour le Prix littéraire du Salon du Livre de Genève. Il a été remarqué par un jury composé de Laure Adler, Paule Constant, Metin Arditi, Anne Cunéo et Isabelle Falconnier.
Souvenirs du Rif de Michel Claise figure lui aussi dans la sélection du Prix littéraire de la Fondation Bernheim, ainsi que dans celle de la Plume de cristal décernée par le Festival du Film policier de Liège.

Mère de l’année ! – Line Alexandre

Si l’amour est la grande question de l’existence, quelle en est la réponse ?
Lisa ne sait pas, Lisa pour qui tout débute quand une amie l’inscrit en cachette au concours de la meilleure mère de l’année. Cette amie trop bien intentionnée rêvait qu’on lui dise en face qu’il n’est pas si évident d’être une bonne mère.
Ce qui se voulait une parenthèse excitante dans une vie morne deviendra bientôt une épreuve de vérité, car une fois ouverte la boîte de Pandore, les secrets et les regrets s’échappent contre notre gré.
Le second roman de Line Alexandre après Petites pratiques de la mort (2008)
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Les premières lignes
Il faut que je parle à quelqu’un, quelqu’un qui m’écoute sans mot dire. Pa Noé a toujours été silencieux, je veux croire qu’il s’agissait d’une forme d’attention.
Et la mort ne peut qu’avoir développé ces qualités.
J’ai cueilli dans le jardin quelques roses orangées, que j’ai baguées de papier alu.
Allée 34 B à droite, une adresse de boîte postale.
Je gare ma voiture devant l’entrée du cimetière et moteur coupé, j’attends. Je n’arrive pas à me décider, soudain intimidée, mes mains étranglent le bouquet. Le grand soleil luit dehors. Je ferme les yeux, la tête appuyée au dossier et je plonge dans la nuit du souvenir. Sept ans déjà.
C’était un début d’hiver grincheux, timide qui crachinait ses humeurs. Maman Rose avait téléphoné : Pa Noé était parti depuis midi, en claquant la porte, ils s’étaient disputés, rien d’original si ce n’est que je n’en étais désormais plus le prétexte mais bien Phil auquel le rôle allait comme un gant.
Pa Noé avait pris son vélo. Il pédalerait avec rage sur les chemins pour s’épuiser et rentrer s’avouer vaincu. Pourquoi maman Rose était-elle inquiète ? Le scénario était connu.

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La danse de l’abeille – Françoise Houdart

Une chambre. Des livres empilés sur le sol entre le lit, le fauteuil, la commode. Elle est assise à un petit bureau. Elle écrit Je pense à vous. Elle écrit ce message-là, cette phrase-là, chaque soir, à la même heure, sur une feuille vierge qu’elle chiffonne aussitôt après et qu’elle jette dans la corbeille à papier. On comprend qu’elle s’apprête, qu’elle se coiffe et se maquille avec soin pour ce rendez-vous du soir. Elle parle de son rituel d’écriture ; elle édifie autour d’elle l’attente cérémoniale de celui qu’elle vouvoie, l’amant encore imaginé, le personnage d’une histoire d’amour qu’elle voudrait vivre. Vivre ou écrire.
Nous ne connaîtrons jamais le prénom de cette femme, pas plus que ne nous sera dévoilé le portrait de l’homme qu’elle imagine, qu’elle traque, qu’elle poursuit jusqu’à Florence.
La danse de l’abeille est le quatorzième roman de Françoise Houdart, toujours fidèle au même éditeur.
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Les premières lignes
Je pense à vous.
C’est ça que j’écris, cette phrase-là, ces quatre mots-là, chaque soir, à la même heure. Depuis des années. Oui, des années, je crois. J’écris : Je pense à vous. Parfois, je m’autorise la majuscule. J’écris Vous. J’écris : Je pense à Vous, comme j’écrirais : je pense à Alexandre, Thomas, Michael… À n’importe qui. Vous serait n’importe qui, mais pas vous. Il n’y a cependant pas de confusion dans mon esprit. Pas de transfert. Celui à qui je pense n’est personne d’autre que vous.
Quand approche l’heure de mon rituel quotidien, je m’y prépare avec gravité, avec amour, sans être sûre que je vous aime. Je m’apprête cependant. Je me prête à la célébration de l’illusion. « Je m’apprête » retourne le geste, la caresse vers soi. C’est un beau verbe qui sent l’apprêt des draps amidonnés, fraîchement repassés. J’apprête mon visage, ma coiffure, ma tenue vestimentaire. Je viens parée à notre rendez-vous quotidien. J’y viens à votre insu, embellie d’un indicible désir. Je me rends à l’idée de vous, timide amoureuse s’asseyant au bord d’un lit d’incertitude. J’aime cet instant précaire. Cette intimité dans l’absence qui vous rend si proche parfois qu’il m’arrive de ressentir le trouble où vous plongerait la découverte de ma secrète assuétude à l’entretien de votre souvenir dans ma vie.

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Nous veillerons ensemble sur le sommeil des hommes – Françoise Lalande

Dans ce roman en quatre parties, le lecteur ne trouvera ni jolie femme blonde assassinée ni enquêteur à la recherche de celui qui a fait le coup. Il trouvera des millions de morts et leur assassin est connu. Mais il accompagnera un enquêteur qui observe certains enfants de cette histoire-là.
Lors d’une réunion de la famille Keil en Israël, trois membres venus de pays différents, Léa de Berlin, Lila du Petit Royaume et Julius de Seattle, apporteront une réponse, lumineuse ou scandaleuse, selon les convictions de chacun, aux questions posées par l’après-Auschwitz.
Nous veillerons ensemble sur le sommeil des hommes est le roman du bonheur fragile, des amours souvent troublées et de la solaire jouissance des corps.
Un roman pour affirmer le triomphe des corps, après le temps où ceux des Juifs étaient comme des jouets entre les mains du fou.
Françoise Lalande signe un roman ambitieux et magistral. (Michel Paquot, L’Avenir)
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Les premières lignes
Parfois, pour comprendre ce que nous vivons, il nous est recommandé de lire la Bible avec attention, surtout les passages les plus choquants, celui du déluge, par exemple, dans lequel Dieu, s’apercevant qu’il a raté sa création, décide de tout effacer et de repartir à zéro, tombe alors une pluie affreuse et ininterrompue sur la terre, démoralisant les esprits, dissolvant les corps, chairs et squelettes, jusqu’à ce que tous, hommes, femmes, enfants et animaux, excepté les privilégiés admis dans l’Arche, deviennent petites choses flottantes et inertes (le personnage principal de ce fait divers ne manque pas d’air, si vous voulez mon avis).

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Valérie Cohen – Nos mémoires apprivoisées

Audrey, 20 ans, est sacrée Miss SDF. Peut-être un nouveau départ pour celle qui a tout perdu en fuyant sa mère, adepte des Témoins de Jéhovah. Contrainte de revenir à Nice en compagnie de Claire, une journaliste chargée de réaliser un téléfilm sur sa vie, elle est hébergée par Jacques Goldstein, le père de celle-ci. Étrange attitude de la part de ce sexagénaire taciturne. Cet enfant caché, qui a échappé de justesse à la déportation en 1944, affectionne la solitude.
L’arrivée de la jeune femme le bouleverse, tout comme la présence de Betty, la tante d’Audrey, volubile et attachante. Son passé longtemps enfoui refait peu à peu surface. À quelques kilomètres des siens, Audrey va, elle, tenter de s’imaginer un futur. De devenir quelqu’un.
De ces deux êtres écorchés vifs naît une relation singulière. Une amitié improbable que le hasard ne suffit pas à expliquer. Deux humains qui réalisent que le bien et le mal peuvent prendre un même visage. Deux mémoires qui s’apprivoisent doucement autour des fourneaux d’une cuisine pour, qui sait, se créer un avenir commun…
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Les premières lignes
Et la gagnante est…
Le présentateur fait durer le suspense. Debout sur l’estrade, Audrey attend. Pâle, les cheveux relevés. La jeune femme se dit que la vie ressemble à une ligne en pointillé. Une traversée du désert ponctuée d’oasis. Elle a soif.
Les murmures s’estompent. Le public soudain se tait, impatient d’entendre le verdict.
La soirée a démarré sur les chapeaux de roue. Reportages, témoignages, volées de question. Quelques bribes de vies narrées. Des spectateurs attentifs et des femmes sans fard qui attendent de savoir qui sera l’élue. Une seule sera reçue avec mention.
Sur le podium, elles ne sont plus que dix. Jocelyne, Alexandra, Mylène, Chantal et Marie-Charlotte se sentent déjà éliminées. Elles font bonne figure, sourient faiblement au public qui les encourage. Les salves d’applaudissements chaleureux n’y changent rien. D’instinct, elles savent. Recalées, pas à la hauteur. Elles n’ont pas su répondre aux attentes du jury. Non que leur chair soit moins ferme que celle des autres ou leurs mensurations moins parfaites, l’enjeu est autre, loin de leur tour de taille ou de leurs dents correctement alignées.

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