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Je ne te mangerai pas tout de suite – Emmanuèle Sandron

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Et là je sens que je souris de toute ma bouche, de tous mes yeux, de tous mes cheveux, de tout mon corps. Et j’ai une énorme, une terrible, une folle envie de la prendre dans mes bras, et je me bats contre moi-même et contre le bonheur qui monte, je me bats pour le faire, pour la prendre dans mes bras, et je me bats pour ne pas le faire, la prendre dans mes bras, et je me dis : « Non, non, attends encore, attends encore un peu. Si tu le fais tout de suite, ce sera fait, et le bonheur de la première fois sera derrière toi, il ne sera pas devant toi comme maintenant, jouis, profite de l’idée de ce bonheur qui vient, qui n’est pas encore là, mais qui va arriver, là, maintenant, tout de suite, tantôt, plus tard. »

Sept nouvelles qui explorent le désir, en passant par les cases de l’interdit, de la transgression et de la volupté

Emmanuèle Sandron est traductrice littéraire. Elle co-anime TransLittérature, la revue de l’Association des traducteurs littéraires de France. Elle vit à Bruxelles. Je ne te mangerai pas tout de suite est sa première publication personnelle après dix ans de silence et bien davantage de traductions. Elle est l’auteur de Le double fond, Celtitude et Sarah Malcorps, tous publiés chez Luce Wilquin.

En librairie le 9 octobre

Les premières lignes
Je m’interdis la mousse au chocolat, et de toute façon les desserts en semaine, le vin à table, l’ordinateur ailleurs que dans mon bureau.
Je m’interdis les marches en forêt, le tour du lac, les rêveries à regarder le ciel quand j’ai ouvert la fenêtre en grand.
Je m’interdis de dénombrer les verts, les feuilles des arbres, les arbres.
Je m’interdis la beauté de l’orage.
Je m’interdis la peur.
Je m’interdis de nettoyer. La crasse s’accumule dans les coins, entre les coins, et ailleurs. Sous la poussière les miroirs… bah ! les miroirs !
Je m’interdits les mots que je sais que tu aimes : collection, porte, falaise.
Je m’interdis les chansons d’Alain Souchon.
Je m’interdis d’écrire comme toi, ce qui revient à m’interdire d’écrire.
Je m’interdis de regarder les couples s’embrasser.
Pour Souchon, c’est à cause de ça, de la chanson : « Je chante un baiser ».
Je m’interdis de penser à toi.
Je m’interdis les je m’interdis.
Je m’interdis.

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Emmanuèle Sandron – Sarah Malcorps

Emmanuèle Sandron est traductrice. Elle a déjà publié deux romans aux éditions Luce Wilquin, Le double fond et Celtitude.

«Je m’appelle Sarah Malcorps et je porte plainte […]. Ce n’est pas une infamie, c’est une nécessité. Une question de me rendre au temps et à la vie. J’ai porté cette plainte en moi comme on porte en soi un enfant, pendant deux fois neuf ans. Je la dépose devant vous comme on dépose enfin un fardeau trop lourd dont on se sentait prisonnier, d’autant plus prisonnier qu’on en avait oublié les barreaux.» Six heures dans la vie d’une femme… Sarah Malcorps s’offre une journée pour explorer son histoire et sa géographie intimes, se les approprier, leur faire un sort, devenir enfin elle-même. Un récit pudique, simple, élégant.

Emmanuèle Sandron – Celtitude

Ce deuxième roman d’une jeune traductrice de trente ans, très talentueuse, nous emmène jusqu’aux îles d’Aran sur les traces du moine Brendan… Mais c’est surtout, raconté successivement par les voix d’Aliénor et de Robin, l’histoire d’un amour absolu et l’impossibilité de le vivre.

Emmanuèle Sandron – Le Double fond

Emmanuèle Sandron a tout juste trente ans. Elle vit à la campagne, où elle exerce la profession de traductrice. Le Double fond est son premier roman.

«Le narrateur rencontre Estèle dans un bureau de traduction. Ce sera pour lui le début d’une obsession qui, après lui avoir fait connaître le bonheur absolu, le torturera jusque dans ses rêves… à elle et le poussera à inventer l’érographe. Tour à tour très près l’un de l’autre, puis très éloignés, ils partageront les mêmes passions – la littérature (surtout elle) et la musique (surtout lui) – et hanteront les mêmes espaces – les rues de Bruxelles, ses appartements, ses librairies, ses salles de concert,… Deux parties: la première, en majeur, du bonheur partagé, énorme, avec, en sourdine, le doute qui s’installe; la deuxième, en mineur, avec la quête de soi, la recherche du livre perdu. Après Estèle et la vie, la solitude, l’amertume et une autre rencontre en point d’interrogation. […] Le premier roman d’Emmanuèle Sandron est curieux et prometteur. Curieux car il multiplie les ruptures de ton, les changements de direction. Prometteur car il foisonne d’idées et d’images. Le récit commence tout doux, tout calme. Le narrateur est traducteur. Il tombe amoureux d’Estèle, également traductrice. Elle semble répondre à cet amour. Promenades, concerts, complicité, quiétude… Sauf que le narrateur vite aliéné par sa passion cherche à capturer entièrement l’âme de sa belle.» [Françoise de Paepe, Journal du Médecin]

Les premières lignes
Je l’avais frôlée dans l’escalier, cela m’avait suffi. J’avais été ébloui par les mille rayons invisibles qui émanaient de son petit tailleur mauve. Je n’avais pas croisé son regard: elle était beaucoup trop absorbée. Elle ne m’avait pas remarqué. C’était la première entrevue de sa carrière. Elle n’avait pas encore de diplôme en poche qu’elle voulait déjà imposer aux autres traducteurs ses coups d’éclat, son talent ou, plus simplement, ses intuitions. Cela n’avait pas tardé. Le petit Paolo, le patron, avait laissé entendre qu’il faudrait qu’elle s’installe dans la capitale.