La danse de l’abeille – Françoise Houdart

Une chambre. Des livres empilés sur le sol entre le lit, le fauteuil, la commode. Elle est assise à un petit bureau. Elle écrit Je pense à vous. Elle écrit ce message-là, cette phrase-là, chaque soir, à la même heure, sur une feuille vierge qu’elle chiffonne aussitôt après et qu’elle jette dans la corbeille à papier. On comprend qu’elle s’apprête, qu’elle se coiffe et se maquille avec soin pour ce rendez-vous du soir. Elle parle de son rituel d’écriture ; elle édifie autour d’elle l’attente cérémoniale de celui qu’elle vouvoie, l’amant encore imaginé, le personnage d’une histoire d’amour qu’elle voudrait vivre. Vivre ou écrire.
Nous ne connaîtrons jamais le prénom de cette femme, pas plus que ne nous sera dévoilé le portrait de l’homme qu’elle imagine, qu’elle traque, qu’elle poursuit jusqu’à Florence.
La danse de l’abeille est le quatorzième roman de Françoise Houdart, toujours fidèle au même éditeur.
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Les premières lignes
Je pense à vous.
C’est ça que j’écris, cette phrase-là, ces quatre mots-là, chaque soir, à la même heure. Depuis des années. Oui, des années, je crois. J’écris : Je pense à vous. Parfois, je m’autorise la majuscule. J’écris Vous. J’écris : Je pense à Vous, comme j’écrirais : je pense à Alexandre, Thomas, Michael… À n’importe qui. Vous serait n’importe qui, mais pas vous. Il n’y a cependant pas de confusion dans mon esprit. Pas de transfert. Celui à qui je pense n’est personne d’autre que vous.
Quand approche l’heure de mon rituel quotidien, je m’y prépare avec gravité, avec amour, sans être sûre que je vous aime. Je m’apprête cependant. Je me prête à la célébration de l’illusion. « Je m’apprête » retourne le geste, la caresse vers soi. C’est un beau verbe qui sent l’apprêt des draps amidonnés, fraîchement repassés. J’apprête mon visage, ma coiffure, ma tenue vestimentaire. Je viens parée à notre rendez-vous quotidien. J’y viens à votre insu, embellie d’un indicible désir. Je me rends à l’idée de vous, timide amoureuse s’asseyant au bord d’un lit d’incertitude. J’aime cet instant précaire. Cette intimité dans l’absence qui vous rend si proche parfois qu’il m’arrive de ressentir le trouble où vous plongerait la découverte de ma secrète assuétude à l’entretien de votre souvenir dans ma vie.

Une réflexion au sujet de « La danse de l’abeille – Françoise Houdart »

  1. Anne-Françoise

    Curieux récit que celui-là, récit d’une femme qui attend l’amour et son amoureux et qui l’imagine, le fantasme.
    Récit construit autour de la quête de cet amour mais pas seulement.
    Récit d’une femme qui se dit, s’écrit dans cette vaine recherche.
    Le style est flamboyant, concis, les chapitres sont courts, le livre n’est guère épais et, en même temps, l’ambiance se construit graduellement, le lecteur est pris en otage.

    On y devine les propos émouvants d’une femme…discrète, effacée, en souffrance…qui trouve son refuge dans ses rêveries

    Ce livre est un cri…poétique.

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