Trop lourd pour moi – Daniel Charneux

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Si le titre Illusions perdues n’était déjà pris par un illustre romancier, il aurait pu servir à l’auteur de Trop lourd pour moi. Car Jean-Baptiste Taillandier, le protagoniste narrateur de ce récit, perdra une à une les illusions de son enfance. Né au milieu des années 50, il entre dans la vie avec la louable intention d’aider la veuve et l’orphelin. Tenté un temps par la coopération au développement, il devient finalement psychologue en milieu scolaire. Or, la satisfaction n’est au rendez-vous ni dans sa vie professionnelle, ni dans sa vie affective perturbée. Le seul havre de paix est l’enfance, où le plongent ses souvenirs heureux associés la plupart du temps à une mère aimante. Mais les êtres chers s’en vont, et Jean-Baptiste voit son univers rétrécir comme peau de chagrin. D’où la tentation de la fuite. Après avoir cherché dans le bouddhisme un refuge illusoire, il trouvera une retraite dans la solitude consentie, où il tentera de dire ce qui le ronge depuis toujours et qui était, décidément, trop lourd pour lui.
En librairie le 22 août

Les premières lignes
Cette fois, je dirai tout. Enfin, presque. Tout dire serait impossible. Tout ce que j’ai vécu ? Pensé ? Senti ? Je veux dire que je ne cacherai rien de ce qui m’a conduit où je suis. J’ai tout mon temps.
Tout mon temps… À peine ai-je écrit ces mots qu’ils me dépassent. Le temps ne m’appartient pas. Pour être plus exact, je peux à présent consacrer tout le temps dont je dispose à dire la vérité que je retiens depuis toujours.
Revenu du Sinaï où il avait reçu de l’Éternel les Tables de la Loi, Moïse a trouvé les fils d’Israël adorant un veau d’or. Il me semble que, toute ma vie durant, j’ai vénéré une idole en toc. À présent que j’ai résolu de la briser, je ne sais quel nom lui donner. Peut-être dois-je d’abord la nommer pour la briser ensuite. Peut-être qu’il suffit de la nommer pour qu’elle se fissure et s’émiette.
Il faudra sans doute remonter jusqu’à l’enfance, quand je maraudais des bigarreaux dans les prairies. J’avais perdu un canif au bord du ruisseau. Le dimanche après la messe, je déchirais le papier des surprises à un franc. Les pièces de cuivre et de nickel tintaient dans les sébiles des offrandes. Des images en noir et blanc. Des instantanés sépia.

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