Ma plus belle déclaration de guerre – Alain Lallemand

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Alors que pleuvent les premières bombes d’un nouveau conflit qu’il lui faudra soigner, le médecin urgentiste suisse Roch Aebi déclare sa propre guerre : il veut divorcer, retrouver un peu de liberté pour mieux s’engager face aux guerres qui se multiplient. Il n’est pas peu fier de son fils Victor, qu’il veut voir grandir, mais il nourrit un projet humanitaire inouï : négocier avec le chef des talibans afghans Mollah Omar l’ouverture d’une maternité à l’occidentale en plein cœur de la zone insurgée.
Le médecin se lance à l’aventure : il gagne la terre natale de Mollah Omar, noue un contact avec les insurgés, défie les chefs de guerre, trafiquants de drogue, troupes régulières et forces spéciales, ainsi que les agents occultes de renseignement. Inépuisable, Roch essuie son lot de défaites lorsque l’une d’elles le submerge : son fils Victor a disparu…
Roman d’amour et d’aventure, roman filial, Ma plus belle déclaration de guerre nous emmène des déserts et caches troglodytiques du Sud afghan aux sommets enneigés de l’Hindu Kush, des forêts impénétrables du Pakistan tribal aux pics vertigineux des Alpes suisses en passant par les eaux lumineuses du Golfe d’Aden. Pour y explorer une question brûlante : comment relever périls lointains et défis intimes, être à la fois père attentif et digne citoyen de l’univers ?
En librairie le 19 septembre

Les premières lignes
L’homme était pieds nus, plaqué au sol, un jeans à peine enfilé, le hurlement de la guerre à sa fenêtre ouverte. Du deuxième étage de l’hôtel, dans une chambre ni au sol ni aux cieux, réfugié dans la seule encoignure de murs porteurs, il attendait le dernier pilon, l’estompement du séisme, ce silence bientôt de retour mais qui le trouverait sourd, sourd pour quelques secondes encore durant lesquelles l’oreille meurtrie chercherait en radar aveugle un pépiement, un rien, le premier signe d’une nature retrouvée, le chant naissant d’une rousserolle ou le « trak, trak, karra-kru-kih » de l’oiseau stentor réfugié dans les marécages des rives du Tigre et qui annoncerait une pause dans les bombardements, le possible retour au calme originel de l’éther et du ciel, l’adieu aux « ouizz-ba-dam—dam » des missiles Tomahawk.
Il était trop tôt encore. Le silence qui suit la chute d’un Tomahawk, c’est encore du Tomahawk, la partition ne serait réputée jouée qu’aux premiers pépiements audibles montés du rideau fluvial de papyrus. Bien plus que l’œil, c’est l’ouïe qui détecte le danger, ce qui lui confère une coloration imprécise, plus menaçante. Mais il était trop tôt pour le silence. Déjà, quatre nouveaux traits rouges montaient aux cieux par-dessus l’horizon du désert d’Anbar, striaient de rose et sang ces restes de nuit poussés par l’aube et ouvraient une serre menaçante au zénith de Bagdad. En une apnée vertigineuse, l’aigle de cette guerre abattit à nouveau sa patte sur les immeubles de la rive occidentale. Le cœur de l’homme s’arrêta de battre, le sang s’immobilisa jusqu’à ce qu’une palette de feu, une aurore de mort et de fumées brûlantes envahisse le ciel, obstrue l’horizon à sa fenêtre, irradie de son grésil de cendres une partie même de l’espace de cette chambre.

2 réflexions au sujet de « Ma plus belle déclaration de guerre – Alain Lallemand »

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