Ursula Gaillard – Le Rouge-gorge

Ursula Gaillard, née en 1947, vit en Suisse romande. Traductrice de Nicolas Meienberg et d’autres écrivains alémaniques, elle est l’auteur de plusieurs essais historiques («Femmes et syndicats», 1980, et «Retards de règles», 1983, en collaboration avec Annik Mahaim ; «Mieux qu’un rêve, une grève», 1991) et d’un récit, «Paysage arrêté», paru en 1986.

Anita arpente les couloirs souvent enchantés des années 1970, sur les traces d’une femme ayant un penchant certain pour l’utopie. L’intérêt pour les méandres de l’histoire occupe une grande place dans ce récit, qui est aussi la chronique d’une angoisse, celle de l’oeil postérieur du diable…«Non pas cela, quelle heure est-il ? Non, les aiguilles ne tomberont pas, le temps te restera fidèle, tu ne lui échapperas pas, mais s’il te plaît, ne lui colle pas tout de suite un journal sous le bras, reviens au temps bonhomme, celui de tous les jours, celui qui sent le café et la châtaigne. Le temps de l’histoire, on le planquera sous le lit pour un moment, laisse-le se reposer un peu de toi, il doit être claqué lui aussi. Quatre heures du matin, Jean m’avait pourtant promis d’appeler dès qu’il aurait des nouvelles. Qu’est-ce qu’il fout ?»

Les premières lignes
Il pleut à verse. Plus bas, la route se transforme en torrent. Dans cette vallée, les changements de pente sont brusques. Impossible de sortir. Je m’installe devant mon ordinateur. Une notice de dictionnaire à rédiger. Pourvu que je parvienne à respecter mon délai.Un bruit mat cogne contre la vitre. Je lève les yeux. Une petite tache. J’entrouvre la porte-fenêtre. C’est un rouge-gorge. Détrempé, mais encore chaud. Je le ramasse. Fichu temps. «Foutu pays», aurait-elle dit. Et l’oiseau… Venir s’assommer ici au moment même où je dois résumer seule les grandes lignes d’une biographie que […]

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