L’orée – Daniel De Bruycker

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Quelque part en Europe, il y a quatre ou cinq mille ans, à l’aube du néolithique. Par un matin de printemps, Orée, un vieux bûcheron, emmène sa petite-fille, Maï, pour une longue promenade dans « sa » forêt. Chemin faisant, au fil des bosquets et des zones de coupe, il entreprend de lui raconter sa propre vie et celle de leur clan, depuis le jour où ils délaissèrent la vie nomade en forêt pour fonder leur village dans la Vallée – leurs découvertes, leurs doutes, leurs catastrophes – et en même temps initie l’enfant aux signes qu’il a gravés sur les écorces pour préserver la mémoire de ce passé et témoigner des disparus.
Transmission ou héritage ? Au soir de cette journée de marche, Orée reviendra-t-il bien au village avec Maï pour célébrer la Fête du Temps, qui marque l’anniversaire de cette nouvelle vie du clan dans la lumière de la Vallée – ou s’apprête-t-il à repartir, seul, vers la forêt de ses origines ?

Daniel De Bruycker fut d’abord critique de jazz, de danse et de théâtre en Belgique (Le Soir) et en France (Le Monde), puis tour à tour écrivain-voyageur, animateur d’ateliers d’écriture pour jeunes enfants ou traducteur. Poète et romancier, il vit, écrit et maçonne aujourd’hui à l’ermitage de la Martinière (Manche). Ses précédents romans – Silex (1999, Prix Rossel), Eitô, Lampe d’ombre (2001, Prix de la Ville de Tournai) et Lettres de Treste (2004) – ont paru chez Actes Sud.

En librairie le 9 octobre

Les premières lignes
Couleur d’olive, nimbé d’or et de rose par la clarté naissante, un bourgeon lentement s’entrouvre à la cime du grand frêne, laissant le demi-jour baigner les deux minuscules feuilles vert tendre lovées au dedans. C’est l’aube. De très loin, émergeant par degrés des horizons brumeux du sommeil, les premiers rais de lumière du soleil d’avril balaient le ciel pâle et viennent allumer çà et là les hautes cimes de la forêt. Une à une, arbre par arbre, puis de proche en proche par vagues comme soulevées du fond de la nuit, un océan de feuillages affleure au jour, immobile, compact, silencieux, déroulé de toutes parts jusqu’à perte de vue.
Un moment encore la lumière rasante semble flotter sur les frondaisons muettes, en quête d’une trouée par où pénétrer la masse verte – puis d’un coup les premiers rayons plongent entre les branches, en brillantes cascatelles faisant frémir au fil de leur descente vertigineuse des ailes engourdies de rosée, animant de petits cris enroués, éveillant des grappes d’yeux clignotants. Par strates profondes, la forêt maintenant remue, les ramures étirent leurs muscles de colosses, des sèves reprennent leurs lentes migrations, des ondes vertes circulent de branche en branche, faisant frissonner les feuillages, propageant des bouffées de vie parmi tout l’étagement qui végète à l’ombre des troncs et entre leurs souches – arbustes et lianes du sous-bois, feuillades de fougères et lierres rampants, orchidées et violettes des bois, arums et orties, coussins de mousse et de lichen où déjà s’agite tout un peuple furtif de rongeurs et de salamandres, furetant parmi les feuilles mortes et les mondes miniatures des insectes. Partout bientôt cela surgit et rampe et grouille, au point que le sol lui-même paraît frémir et respirer dans la fraîcheur du matin.

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