Monsieur a la migraine – Valérie Cohen

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Vous pensiez tout connaître sur le désir féminin ? Anna, Noémie, Lucia et Julie aussi, jusqu’à ce qu’elles rencontrent Patrice Denis, un sexothérapeute aux méthodes originales.
Mariée depuis trente ans, Anna simule le plaisir et est bien plus attachée à son chien qu’à son acariâtre époux. Noémie supporte mal la libido fatiguée de son compagnon. Julie, divorcée et mère de quatre enfants, enchaîne les relations sans lendemain tout en espérant trouver l’amour. Quant à Lucia, le plaisir l’a désertée depuis qu’elle a quitté son amant.
Leur point commun ? Les soirées de partage sur le désir féminin organisées par Patrice Denis. Entre rires, pleurs et actes symboliques, elles y livreront leurs secrets les plus intimes, leurs ombres et leurs désirs inavouables.
Quatre semaines pour oser se raconter, mettre des mots sur ce qui est communément tu et nouer une indéfectible amitié.
Valérie Cohen, née en 1968 à Bruxelles, est juriste de for­mation. En 2001, elle décide de quitter le monde juridique où elle se sent à l’étroit pour conjuguer deux de ses plaisirs : l’écriture et les voyages. Dans Monsieur a la migraine, son quatrième roman après Nos mémoires apprivoisées et Alice et l’homme-perle, l’auteure plonge avec tendresse et humour dans l’univers du désir féminin.
En librairie le 21 août

Les premières lignes
« Racontez-moi, Anna, continuez. »
Anna Delavigne détourne la tête pour ne pas croiser le regard de Patrice Denis. Ne pas s’attarder sur ses yeux attendris, ne pas quitter ce corps, cette étrange sensation de s’être retrouvée après tant d’années d’aveuglement. Une certitude la bouleverse et l’éclabousse. Elle s’était perdue dans le labyrinthe de sa propre vie, et elle ne le savait pas.
Soudain, ils jaillirent du plus profond de son être. Anna était loin d’imaginer tous ces mots tapis en elle. Aptes à vivre et à s’articuler en phrases intelligibles, après des décennies de silence rassurant. Elle s’y agrippe avec force, rodéo mouvementé sur les routes de son passé. Pour un peu, il lui semble que ses muscles sont douloureux. Les mots la bousculent, détricotent son existence et ont un goût de sel, de solitude et de renoncement. De légèreté et de jours heureux aussi, lorsqu’elle les utilise au conditionnel ou au futur. Depuis si longtemps, elle se sentait ensevelie sous leur poids. Elle avait même renoncé à les dompter. Comment apprivoiser l’indicible ? Tel le sable, le temps et les regrets, il file entre les doigts. Présence rassurante, pesante et si intime à la fois. Anna respire profondément et évite le regard insistant de Patrice Denis. Elle hésite à poursuivre son récit et fait une courte pause entre deux phrases. Ni journal intime, ni sœur ou confidente attitrée, ni thérapeute grassement payé pour être tenu au secret professionnel. Parler, c’est allumer la mèche d’une bombe à retardement. Parler pour qui ? Pourquoi ? Les mots sommeillaient dans son ombre et alourdissaient sa silhouette de fraîche quinquagénaire. Certains soirs, cernée par eux, elle étouffait dans leur mutisme. Elle avait beau ouvrir la fenêtre de la cuisine et regarder la lune, ils se dérobaient encore. Devant ce grand mince à la chemise blanche sans pli sur un jeans bien coupé, l’évidence la rattrape et la laisse sans voix. Les mots, comme les hommes, manquent parfois de courage. Les siens attendaient patiemment leur heure de gloire.

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