Singulière agape – Ethel Salducci

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Une escapade improvisée à Venise ou le long d’un canal parisien, une peur d’enfant exorcisée, la paix trouvée loin de chez soi, une grille de scrabble comme terrain de jeu, la vie qui se pose au coin de la rue, une photo d’identité qui suit l’état de l’âme, un époux volage rêvant de revoir sa femme, une existence construite sur l’absence, des poissons qui l’emportent sur un repas de famille, un écrivain fatigué surpris par la vitalité de son personnage, un manuscrit égaré qui retrouve son auteur, la tendresse d’un ouvrier bourru pour son comparse, l’émerveillement au réveil, un festin en solitaire… Quinze trajectoires, que l’on suit l’espace d’une heure, d’une nuit ou d’une vie.
Que Pierrette se remette en question à l’approche de la quarantaine ou que Suzanne se réapproprie la fin de sa vie, qu’Anthelme se joue des tours ou que Jules tire sa révérence, tous ces personnages avancent sur le chemin qui est le leur. Si la démarche est parfois hésitante, le mouvement est amorcé et mène à soi.
Quinze situations, autant de trajectoires… Impressions, souvenirs, sensations pour raconter la vie, tout simplement
En librairie le 6 mars

Les premières lignes
Les propos anodins qu’échangent trois femmes à la table voisine remplissent Pierrette d’une froide colère.
Il s’agit de savoir où chacune achète sa viande et à quel prix, puis de passer en revue les méthodes employées pour dater l’opération sur les sachets plastique, après congélation.
Comment un tel échange peut-il la mettre hors d’elle ? Le sujet n’est certes pas excitant, mais de là à en concevoir de la rage !
N’est-ce pas plutôt ce que Pierrette entrevoit de la vie de ces quadragénaires qui la met si mal à l’aise ?
Employées de bureau depuis toujours, elles n’ont certainement pas renoncé pour autant au rôle de ménagère accomplie hérité de mères parfaites. Elles se doivent de rendre leur foyer agréable pour tous : maris, enfants ou cochons d’Inde.
Mais de quel temps, de quelle énergie disposent-elles pour mener à bien leur tâche ? Est-il concevable qu’elles soient inspirées au bureau et chez elles, ou faut-il plutôt croire qu’elles ne le sont nulle part ?
Pierrette a mal au crâne, comme s’il se fendait sous la pression de milliers d’aiguilles.
Elle-même, que fait-elle de sa vie ? Vers quel but prétend-elle tendre ? Quelle trace laissera-t-elle, qui n’inscrit pas même de date sur des sachets plastique ?
Bien sûr, il y a les petites têtes blondes de Louis et de Jeanne ! Ces deux enfants, ses trésors comme elle les appelle, sont sans doute sa plus belle réussite.
Cette expression lui fait horreur. Qui pense ainsi ? Qui jauge sa vie en termes de réussite ou d’échec ? Qui la juge de la sorte, Pierrette, trente-sept ans, deux fois maman, cadre, compagne de Simon qu’elle ne connaît plus guère, bonne nageuse, excellente danseuse, autoritaire mais tellement à l’écoute, etc. ? Qui sinon elle-même ?

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