Jacques Lefèbvre – De vous à moi

Dans quelques heures, il sera reçu par l’ambassadeur de son pays, là-bas, à l’Est. Dans quelques heures, il entamera une mission culturelle qui l’emmènera de ville médiévales en villes baroques, en passant par de tristes gares staliniennes. Il parlera d’un auteur mort il y a 25 ans, mais qui deviendra un compagnon de route singulièrement vivant.
Au départ, une femme a dit que tout était fini. Pis, que rien n’a existé vraiment. Une mission culturelle révélatrice, le charme des pays de l’Est et leur réalité pas toujours rose. Un roman plus autobiographique que les précédents.
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3 réflexions au sujet de « Jacques Lefèbvre – De vous à moi »

  1. Françoise

    Le narrateur, un professeur de français, se rend en Europe centrale pour un an: il y fera des conférences sur la littérature belge et, spécialement, sur l’Auteur, mort il y a 25 ans, et ses textes.
    Cela pourrait être le début d’une aventure intellectuellement excitante; pour celui qui la vit, c’est une fuite: fuite devant un métier qui est devenu lassant, fuite surtout devant la fin d’un amour. Dans la Capitale où le narrateur est accueilli par des collègues locales, il commence à faire le point sur sa vie, ses relations avec Elle, avec son métier. Au cours d’un voyage initiatique de lycée en salle de conférences, chaque nouvelle rencontre le confronte un peu plus à lui-même dans une prise de conscience rédemptrice. Il pourra alors revenir réconcilié avec lui-même et prêt à renouer avec Elle si elle le veut bien.

    Il est toujours surprenant de lire une fiction écrite par quelqu’un qu’on connait un peu, d’autant plus si l’on y devine des éléments qu’on suppose autobiographiques: l’expérience de professeur de français, les conférences dans le cadre de missions à l’étranger… Dès lors, on s’interroge, même si on sait que toujours un auteur se nourrit nécessairement de lui-même pour écrire.
    Au début de la lecture, j’ai été déroutée, moins par la narrateur à la 2e personne du pluriel, rappel de Butor auquel l’auteur rend hommage en exergue, que par le faux anonymat de l’Auteur et des villes parcourues: une manière de centrer le propos sur le narrateur plutôt que sur les circonstances?
    Mais, bien vite on se laisse prendre à cette errance dans un univers gris, à l’image des sentiments du narrateur, mais où chaque personnage rencontré est une petit flamme sur le chemin du retour à la vie.
    Et l’on partage l’analyse de Ghislain Cotton, qui en fait un des meilleurs romans de 2007.

    Françoise Chatelain – Charleroi

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  2. MICHEL BUIS

    Le désespoir exclut-il l’espoir ou peut-il le nourrir?
    Est désespéré celui qui se trouve dans une situation extrême ou de risque de mort .C’est le cas du personnage principal de ce roman .Voyageur profondément « saboulé » après que son épouse l’ait quitté, il affronte le froid et l’ombre d’un pays de l’Est. Toutefois , dans son abîme d’angoisses , aidé par l’écoute confiante d’amies , il va rassembler toute l’énergie du désespoir, tel un alchimiste de Prague, pour forger une lumière vivifiante au point de pouvoir prendre la parole à la première personne.
    L’auteur a recours à « un curieux procédé narratif ». Il oriente le lecteur par l’emploi de la deuxième personne du pluriel « Vous », à la manière de Michel Butor. Il tente ainsi de susciter l’effort d’identification entrainant le lecteur sur « le tapis roulant » d’un voyage à la fois extérier et intérieur. Cet embarquement pour l’Europe centrale porte l’empreinte du siècle tragique, des souvenirs de sa vie personnelle, le tout scandé en arrière plan de brèves d’actualités: horreurs de la guerre toujours, enjeux autour du pétrole, terrorisme. Pas de quoi remonter le moral même au travers des rencontres et conférences de promotion de la langue et des auteurs français.Lieux sinistrés et sinistres, gens « déguinglés ». Comment le lecteur n’aurait-il pas quelque appréhension à s’engager sur un tel chemin?
    M’est revenu en mémoire ce qu’écrivait en 1976 le journaliste René Andrieu, ami de ces pays:
    « Il est arrivé que la réalité faisait une prison de nos rêves. Les drames qui ont marqué la construction du socialisme nous ont frappés au coeur beaucoup plus que quiconque » ( Le bonheur et rien d’autre. Editions Stock.)J’ajoute aujourd’hui: « à plus forte raison la déconstruction! »
    Un tel périple aurait pu inviter à l’analyse politique, historique ou sociologique. Ce n’est pas le propos du romancier.Je n’ai pas de penchant masochiste à suivre ceux qui ne cessent de retourner le couteau dans la plaie de l’échec de la Révolution. De même je n’apprécie pas les broderies intimistes à prétentions littéraires. Mais je savais bien , connaissant quelque peu l’auteur qu’il s’agirait de tout autre chose.
    Au fil des pages lues d’une traite, j’ai découvert avec plaisir un livre attachant, riche de résonances, d’interrogations bien audelà du cas personnel. Le récit de ce que je nomme « l’histoire d’une déliance libératrice » n’est jamais pesant.L’expression des souffrances, du désarroi est toujours dicrète au double sens de réservée, pudique et de discontinue puisque distanciée par le regard objectivantsur les lieux, les êtres , la récurrence des description ou parfois l’humour.
    J’ai particulièrement apprécié la façon dont a pu s’approfondir la méditation , de ville en ville, et à propos du passé personnel du personnage. Une interrogation est omniprésente:puis-je agir en homme libre? Quel est le poids des circonstances?Comment ne pas être une marionette?La référence à la guerre m’a fait penser à ce personnage de B.Brecht( dans Homme pour Hommme) qui parti le matin pour acheter un poisson se trouve à la fin de la pièce revêtu de l’uniforme militaire et féroce combattant pris dans les rouages d’une guerre impérialiste.
    Le voyageur comme les gens de l’Est se trouve à la crisée des chemins: rester spectateur passif du désastre , emporté sur « le tapis roulant » des circonstances ou bien se porter soi-même.C’est le besoin de liberté qui affleure de la blessure profonde/ L’amour peut-il concilier affirmation de soi et respect d’autrui? Comment surmonter l’impasse du rêve brisé sans avoir à alièner son passé, son corps ou son âme?
    D’étape en étape la marche est plus rassurante:les amies qui guident le conférencier l’aident à reprendre souffle, à s’écouter au plus juste de lui-même. Il parvient à « passéiser » son passé, à le mettre à distance pour l’assumer et non plus le subir. Dans « l’espace du dedans selon l’expression d’Henri Michaux, il accomplit un trajet qui est acte de pensée, non pas celui de la raison calculatrice mais celui de la compréhension qui se fraye une issue au travers d’une épreuve du corps, du coer et de l’esprit. Ainsi va surgir la parole susceptible de tisser un fil nouveau;Mais avec qui?
    Avec Elle, l’habitante du Sud?Selon une lecture au premier degré, tout finit bienpuisque le contact se restauregrâce aux signes échangés et à l’irrépressible force du désir du Je retrouvé. »Elle est au portique des arrivées » et « Tout est à inventer »!!
    Cette fin du roman ne manque pas d’être stimulante quant aux interprétations possibles.Je soumets la suivante à examen ou au rêve:
    Est-ce vraiment « Elle » partie au Midi qui peut l’attendre à nouveau sur le quai?Sa parole de rupture n’a-t-elle pas eu valeur performative? N’a-t-elle pas instauré l’irrémédiable qui rend inaudible tout retour?
    Par contre, ELLE? N’apparait-elle pas comme la figure infinie de toute femme qu’il est en capacité de rencontrer? L’épreuve du combat entre l’ancien et le nouveau n’accouche-t-elle pas de celle qui va advenir maintenant que s’est opérée la « Modification »?
    L’Est est aussi le Levant aves les lumières de chaque matin qui ont de plus en plus de poids pour contrebalancer lesimages du désarroi. La reconquête de soi^permet de ne plus être ballotté mais de choisir d’avancer dans l’effort obstiné vers le sommet des Aiguilles.

     » La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil »
    René Char- Fureur et Mystère- 169- Gallimard

    Michel BUIS
    Valence Drôme 22 janvier 2008

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  3. Jean-Luc Wart

    Lu d’une traite « De vous à moi » et puis, en écho, le Journal d’Henry Bauchau.

    Curieuse narration qui choisit le « vous » plutôt que le « je » ou le « il ». Une manière pour le « je » de se cacher derrière vous, de vous convoquer dans un « mettez-vous à ma place », de vous concerner par une invitation qui frise l’injonction ?

    Une invitation sans doute, au voyage initiatique vers l’Est de nous-mêmes, là où naît chaque jour la lumière, pour s’éteindre chaque jour de l’autre côté du monde sans que son éclat et sa chaleur aient pu vous rassasier, vous réchauffer tout-à-fait. Un voyage qui jamais ne s’achève, à peine de paralysie mentale.

    « Je n’ai pas brûlé ma vie, j’ai été brûlé par elle, je suis celui qui a été brûlé et qui, comme il peut, témoigne qu’on peut naître là, qu’on peut naître ainsi, jour après jour » Henry Bauchau, Le présent d’incertitude, Journal 2002-2005, Actes Sud.

    Dans le même journal de Bauchau :

    Aaron Apellfeld : « Et c’est parce qu’ils sont blessés qu’ils comprennent. Une blessure écoute toujours plus finement qu’une oreille »

    Benjamin Constant ; « Les autres sont-ils ce que je suis ? Je l’ignore… Il y a entre nous et ce qui n’est pas nous une barrière infranchissable. » Infranchissable si nous restons – comme le plus souvent – dans notre « je ». Si nous atteignons le « nous », si nous parvenons à nous y maintenir un certain temps, la barrière s’efface, nous pouvons connaître, penser, éprouver notre vécu, ensemble. (Bauchau)

    Il reste donc de la place pour une suite « De moi à nous »…
    JLW

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