Benoît Labaye – Vous ne dites rien

Benoît Labaye (1951-2006) fut d’abord un adolescent secret dans l’univers austère et monosexué des jésuites. Opportunément secoué par Mai 68, il a suivi le cours de formations éclectiques. Après un parcours professionnel lui aussi très diversifié, il est aujourd’hui attaché au centre d’études d’un parti politique et Conseiller communal. À une longue maladie qui l’a immobilisé plus de quinze ans dans une chaise roulante, il a arraché, par contrainte et par passion, le goût de voyages intérieurs et silencieux.

CHU, chambre 514. Un homme va mourir, enfermé dans une apparente inconscience. Sans nom ni passé. Sans état civil, sans histoire à reconstruire, sans traces à suivre. Un inconnu qui ne doit qu’au hasard d’être encore en vie. Seule Ève, une jeune infirmière, a compris que ce silence était volontaire et désespéré, tendu par une volonté démesurée. Histoire d’une improbable rencontre, «Vous ne dites rien» est un chant de mort rythmé par l’amour sensuel de la vie. Premier texte publié de Benoît Labaye.

Les premières lignes
– Vous ne dites rien, murmura-t-elle. Trois jours, trois nuits. Vous ne dites rien. Je ne crois pas à votre silence. je veux dire… je ne pense pas que vous soyez incapable de parler. Votre état, votre cerveau… est-ce que je sais. Vous êtes là, j’en suis certaine… une cloison pas plus épaisse qu’une feuille de papier. Ne me demandez pas pourquoi. Je le sais, c’est tout. Depuis de longues minutes dont elle avait perdu le compte, elle restait le front appuyé à la vitre. Sa respiration animait une fine pellicule de buée aux formes mouvantes, accentuées par le contraste entre la chaleur excessive du dedans et le froid du dehors. La sensation qui lui venait éveillait, au bord de sa conscience, le rappel d’anciennes jouissances.

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