Françoise Houdart – Belle-Montre

Françoise Houdart est née et vit à Boussu, un petit coin du Hainaut belge où l’imaginaire se ressource au feu couvé des terrils noirs. Elle enseigne l’allemand et l’anglais à de futurs professeurs de langues. D’abord poétesse impressionniste, elle est romancière depuis dix ans.
Ses romans, tous publiés chez Luce Wilquin : «La vie, couleur saison» (1990), «La part du feu» (1991), (1993), «Quatre variations sur une fugue» (1993), «…née Pélagie D.» (1996), (1999)

Belle-Montre, c’est le nom donné au XIXe siècle au château de Jean d’Hennin-Liétard à Boussu, château visité en son temps par Charles-Quint. Belle-Montre, ce sont aujourd’hui des personnages hantés par le désordre de leur passé, les secrets de famille, les maldonnes, les vraies fausses-couches et le non-dit qui les sous-tend, les rêves qui deviennent folie, l’Histoire, la loi généalogique, la mort et… l’amour, clé de voûte du château intérieur que nous cherchons tous à édifier ou à restaurer à partir de ses ruines.

Les premières lignes
Louis se réveille. Le corps de Louis se réveille, brutalement exhumé du sommeil, rendu à l’intuition de son propre poids de chair. Le coeur désenclavé oscille à travers l’espace clos de la poitrine, ricoche d’une paroi à l’autre avec un bruit mat, à peine plus audible que le dernier rebond d’un écho contre la voûte d’une grotte. Reflux du sang vers les muscles engourdis. Les chocs du coeur s’entêtent, s’affermissent ; le battement devient serré et régulier : une grêle de coups martèle le rempart érigé à mi-course entre conscience et oreille. Louis se réveille… Des cailloux frappent la vitre de la fenêtre de sa chambre. « Louis !… Holà ! Louis !… » Nouvelle salve de cailloux sur la vitre. C’est la voix du garde-champêtre, celui qu’on appelle « Le Polonais ». Louis se lève, hébété, traverse la chambre à tâtons en se heurtant à l’ombre durcie des choses dans les replis de l’obscurité, et se précipite à la fenêtre. « Louis ?… Holà, Louis ! ». Presque malgré lui, Louis se retourne vers le fond de la pièce : la porte d’accès au couloir de l’étage est soigneusement fermée. Aucun bruit ne provient des autres pièces de la maison. Personne d’autre n’a entendu. Il ouvre avec prudence l’un des battants de la fenêtre. Une silhouette sous le platane, furtive, et qui agite les bras, comme l’arbre dans la respiration accablée de la nuit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *