Sorbet d’abysses – Véronique Emmenegger

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Lorsque la famille du brillant philosophe Égault Lévy apprend qu’il est atteint d’une maladie de démence, le monde manque de s’écrouler. Shirley, sa femme soumise, ainsi que ses trois enfants sortent alors de leurs retranchements. Subir ou ne pas subir ? Accepter ou se révolter ? Chacun va être invité à modifier sa façon de voir la vie face à cette descente dans les entrailles de la mémoire et du langage. La maladie cache dans ses souffrances des portes de sortie étonnantes.
Scènes cocasses, éclats de bonheur, de rire… Une remise en question salutaire face à la débandade du langage et de la mémoire
En librairie le 10 avril

Les premières lignes
La nouvelle vénéneuse vient de fendre la réalité de ses airs de fiction. Un cumulus noir passe, une main gantée tire la chaîne, une coulée de poix s’abat.
Le docteur Crohn n’est pas là pour emballer la réalité, ce n’est pas le Père Noël, et Shirley se prend la tête dans les mains. Panique à neurones-city, elle a l’impression que son cerveau rétrécit. À sa gauche, un peu penché dans une chaise Louis XVI, se tient Égault. Cela fait trente ans que ce philosophe au caractère d’ouragan est l’homme de sa vie. En face d’eux, on devine le cynisme du neurologue habitué à ces diagnostics, bien barricadé derrière son bureau, affublé d’un regard qui se voudrait compatissant, mais en tant que sadique, cela ne lui pose pas trop de problèmes. Bientôt, la partie de golf rituelle viendra aérer tout ce brouillard cérébral et lui redonnera son sourire narquois de gagneur.
– L’oubli est un animal sauvage qui dévore tout sur son passage, prône-t-il en s’éclaircissant la gorge. Il commence par mordre ce qu’il a de plus proche, les membres de sa famille…
Pourquoi attendre d’un neurologue qu’il manie la psychologie ? Ce technicien de nos mécaniques infimes n’a que faire de la face cachée de la force : le sentiment. Pire, ça n’est pas son boulot de consoler, d’accompagner, d’ailleurs comment pourrait-il rassurer cette femme puisqu’il le sait mieux que quiconque, les maladies de démence ne sont qu’une lente chute programmée, une descente aux enfers avec des escaliers lustrés de savon noir, une balade au pays de la soumission et de la dégradation.

4 réflexions au sujet de « Sorbet d’abysses – Véronique Emmenegger »

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  2. nathavh

    Un livre marquant sur un sujet universel. Un récit sur le deuil des mots, touchant, mordant, féroce, le tout avec une touche d’humour en prime.

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  3. nathavh

    Egault (Ego car centré sur lui-même) est la vedette, orateur hors pair, philosophe donnant des conférences partout dans le monde. Il a l’habitude qu’on l’écoute et c’est pareil à la maison. Il y règne en dictateur, tyrannique, handicapé du cœur.

    Shirley sa femme de quinze ans sa cadette, était âgée de 18 ans lorsqu’elle a croisé son chemin à l’université. Elle est devenue son assistante et sa femme, c’était plus pratique. Elle est soumise, sous son emprise, elle est la protectrice de leurs trois enfants.

    Donatien : 26 ans, effacé, irrécupérable de la société pour son père car il préférait lire des bd plutôt que les livres de philo achetés par son père. Il est prof de français.

    Sixtine : 24 ans, fait des études de médecine. C’est la sacrifiée, celle qui a appris à vivre par l’injustice (méthode d’éducation d’Egault)

    Olga : 18 ans, la préférée, la confidente de son père mais aussi devenue l’insoumise, attirée par l’Afrique et les Beaux- Arts.

    Voilà le portrait de la famille mais tout va basculer.

    D’entrée de jeu sans ménagement, le docteur Crohn annonce à Shirley et Egault qu’il est atteint d’une maladie dégénérative de la mémoire et du langage, du type Alzheimer ou Parkinson.
    Shirley collationne ses souvenirs qui malheureusement corroborent ces dires.

    Egault réfute la situation, il est dans le déni le plus grand. Ce n’est pas possible, il a une mémoire d’acier, un QI élevé, c’est une erreur et continue ses activités comme si de rien n’était …mais petit à petit arrivent des incidents.

    Shirley doit prévenir ses enfants de la situation. C’est là que cela devient intéressant car Véronique Emmenegeer axe son récit non pas sur la maladie mais surtout sur les conséquences de celle-ci sans l’entourage familial. Sur la façon dont chacun va vivre la situation, se remettre en question et sa prise de conscience.

    Shirley se remettra en question en comprenant qu’au final le bonheur n’était pas toujours au rendez-vous. Comment réagira-t-elle ? Et les enfants ?, comment réagir face à ce père qui a toujours été égoïste, centré sur lui-même, froid.

    L’écriture de Véronique Emmenegeer n’est pas non plus sans humour, certaines situations devenant carrément drôles. Le récit est bien documenté sur l’évolution de la maladie, il projette chacun dans les réactions que nous pourrions avoir, pas pathos du tout, il décrit simplement la vrai vie. Un récit sur le deuil des mots, touchant, mordant, féroce aussi.

    Un livre marquant sur un sujet universel.

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