Benoît Labaye – Australie

Benoît Labaye (1951- 2006), adolescent secret dans l’univers austère des jésuites, secoué par Mai 68, il a suivi le cours de formations éclectiques. Diversité aussi du parcours professionnel. À une longue maladie qui, depuis quinze ans, l’immobilise dans une chaise roulante, il a arraché le goût de voyages intérieurs et silencieux, qui ont fini par donner corps et apparence présentables à un vieil amour des mots, trop longtemps brouillon et infidèle. «Australie» est son second roman, après «Vous ne dites rien», paru chez le même éditeur.

Au retour du Kosovo où l’a mené son métier de journaliste, Anton croise la route d’Adrienne. De retrouver Adrienne, de renouer petit à petit avec elle, sur les ruines de leurs deux histoires, des fils anciens accomplit, pour lui comme pour elle, une renaissance mystérieuse et inattendue. Leur viennent vite des envies de départ, de terres brûlées, de ponts coupés. Au bout de leur projet un peu fou, un avion pour Sydney. De l’avion, Anton a le souvenir. Mais après? Que fait-il, sans Adrienne, dans cet espèce de motel coincé entre falaise et mer? Qu’attendent ceux avec qui il se trouve? Qu’attend-il lui-même?

Les premières lignes
Anton Braque n’a pas de passé. Des événements lui reviennent pourtant. Des rencontres, des circonstances parfois très anciennes. Mais avec légèreté et de très loin, comme des bulles échappées d’un vieux livre d’images. Il y a un avant qui ne lui appartient plus, qui s’est étendu comme l’encre sur le papier, qu’il relit aujourd’hui à la manière d’un récit brouillon et suranné. Et un après, pareil à la plage de sable blanc qu’il observe à travers la vitre de la porte-fenêtre. Vierge, ouvert, sans limites repérables. Entre les deux, une frontière. Un départ. Un avion pour Sydney. Entre l’avant et son éveil dans l’après, il y a un espace sans formes et sans couleurs, une durée sans incidents ni repères. Une glissade endormie, une amnésie épaisse comme en connaît celui qui a trop bu.

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