Issa Aït Belize – Racines et épines (Le fils du péché I)

Né dans le Nord du Maroc en 1954 dans une famille berbère, Issa Aït Belize navigue, dès l’enfance, parmi plusieurs cultures. Après ses études secondaires en français, à Rabat, il poursuit en Belgique des études supérieures en économie. S’il porte à son pays natal une attention particulière, il se sent surtout citoyen du monde. Il est l’auteur de La chronique du pou vert et de Nounja, à la folie…, deux romans parus également chez Luce Wilquin.

Ce premier volet d’une trilogie mène Amarouche, petit Berbère pauvre dont la naissance est marquée du sceau de l’ignominie, vers l’âge adulte. Sa malchance : il est « orphelin » ; c’est ce qu’on dit d’un enfant sans père au Maroc, mais en outre, il est né de père inconnu: une tare dans ce pays. Sa chance : une mère volontaire et droite, puis l’attachant Sargento, vieux soldat retraité de l’armée de Franco. La première forcera pour lui la porte d’un fquih ronchon et un peu obtus répugnant à lui dispenser l’enseignement du Coran, et donc de l’alphabet et de la langue arabe. Le deuxième lui laissera un cadeau inestimable qu’il pourra transmettre à sa descendance – son nom.

Existe également au format numérique téléchargeable sur tous les types de liseuse

Les premières lignes
L’odeur douceâtre de levain dont ma mère commençait à ensemencer la pâte se répandit dans l’air d’une aube lointaine et chassa l’once de sommeil qui me saupoudrait encore. Le regard voilé, je distinguai la porte entrouverte de notre logis qui laissait passer une lumière laiteuse ; le soleil n’allait pas tarder à tout embraser de son safran encore caché. Je m’accoudai pour observer la silhouette de ma mère qui s’animait comme une ombre : à genoux et le buste en avant couvrant le large pétrin en terre cuite, elle enfonçait ses poings dans la masse blanchâtre qui gémissait de plus belle, laissant parfois échapper une plainte suivie d’un sucement, d’un claquement de langue. Entièrement absorbée par sa bataille du moment, elle ne remarqua pas mon éveil, sinon elle m’aurait déjà intimé l’ordre d’aller me laver.

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