Françoise Houdart – Femme entre quatre yeux

Françoise Houdart est née et vit à Boussu, une petite ville du Borinage belge, à quelques kilomètres de la frontière française. Elle enseigne l’allemand à de futurs professeurs du secondaire. Primée pour ses ouvrages poétiques dans les années 1970 et 1980, elle a mis longtemps à oser proposer son premier roman à un éditeur… mais depuis «La vie, couleur saison» en 1990, la romancière n’a plus arrêté: «La part du feu», «Camino» (qui semble vivre une seconde vie dans les classes), «Quatre variations sur une fugue», «… née Pélagie D.» (Prix Baron de Thysebaert 1997), et maintenant «Femme entre quatre yeux», où son talent s’affirme avec éclat.

Entre deux villes, entre deux rives, entre deux hommes, entre Marie et Marthe, ces deux facettes d’elle-même, l’héroïne confie à son double ses tourments de femme blessée. Elle plonge sous le fleuve, à Anvers, comme on plonge en soi-même… Pour y trouver quoi, quelle vérité, quel apaisement? Un roman entièrement à la deuxième personne du singulier. Une prouesse… réussie!

Les premières lignes
Tu as froid. Tu me dis que tu as froid… L’engourdissement ressemble à une anesthésie légère. Ton corps, cette pâteuse identité. Tu marches lentement dans les rues désertes d’une ville encore ensablée de sommeil, et tu retiens ton souffle, comme si tu craignais qu’un réveil trop brutal ne te sèvre à jamais des vertiges de l’étreinte. En toi, l’Amante, le poids bienheureux des caresses et des haleines bues à même la bouche avec le murmure des mots, ce corps recomposé en des mains étrangères, cette félicité si proche du levant. Tu marches, tu frissonnes dans un manteau trop mince. Était-il temps, déjà, de te remettre en route? Ne pouvais-tu attendre encore un peu? Tu noues autour de ton cou une écharpe de laine et ton pas s’alanguit… Ocre, l’écharpe. Ocre, ce parfum d’homme, cette tiédeur déjà si familière, déjà si intimement reconnue et que tu humes à petites saccades. Ocre, la toute proche absence…

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