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Élisabeth, en hiver – Michelle Fourez

Élisabeth, que le temps ne semble pas atteindre, vit à Bruxelles entre vitalité inébranlable, désespoir lancinant et solitude amie.
Ses enfants et leur famille reviennent du bout du monde pour Noël, qui du Vietnam, qui du Canada… Mais la santé de leur père, divorcé depuis longtemps de leur mère, donne des signes inquiétants.
Un huis clos riche en rebondissements, un texte dense et épuré, tout en intériorité.

Michelle Fourez vit à Tournai, où elle a enseigné pendant quarante ans les littératures française et espagnole. Grande voyageuse, elle continue d’arpenter la Terre, sac au dos. Élisabeth, en hiver est son neuvième roman.
En librairie le 3 mai 2018

Les premières lignes
Élisabeth, il faut que je te dise : j’ai refait ma vie.
Je t’embrasse,
Paul

Élisabeth est debout face à la fenêtre. Il neige, c’est décembre. Elle tient encore entre ses mains l’enveloppe qu’elle vient de déchirer à la hâte. Elle regarde encore au-dehors la neige de décembre, déjà lourde sur le houx, en bas, dans la rue. Elle pense à cette toile de Vermeer, celle où il y a aussi une femme qui tient en main une lettre, face à une fenêtre. Elle pense à cette toile longtemps, plusieurs minutes.
Maintenant, Élisabeth marche vers la cuisine. Elle ouvre la poubelle, y jette l’enveloppe déchirée et la lettre de Paul, minutieusement déchiquetée. Alors seulement elle pleure en silence, appuyée contre la table où le soleil luit sur trois oranges. Sans doute pleure-t-elle longtemps : il ne neige plus, maintenant, et la lumière au-dehors est vive. Une lumière d’après-midi de décembre.

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Un autre jour, demain – Abigail Seran

Déborah attend un avion qui ne vient pas une veille de Noël, espérant en secret éviter la fête. Une bande d’anciens étudiants se retrouvent pour un week-end ; sont-ils devenus ce qu’ils aspiraient à être ? Un vieux monsieur partage contre son gré un banc avec une jeune fille. Une patiente s’installe à nouveau dans une salle d’attente longuement côtoyée. La jeune Luna est trop chamboulée pour acheter un bouquet de fleurs. Il n’a pas osé leur dire qu’il ne reprendrait pas l’entreprise familiale. Le plan social était une belle opportunité. Serait-il là où il est sans cette main tendue ? Et claquent les ciseaux dans la longue chevelure !
Un autre jour, demain raconte ces points de bascule subtils ou brutaux qui construisent, transforment une existence. Autant d’histoires familiales, voyageuses, laborieuses, de brèves rencontres en récits de générations. Une galerie de personnages qui luttent, renoncent, s’animent, s’aiment, se fuient, s’éteignent, croquent la vie qui passe, celle d’aujour­d’hui, celle juste avant demain.

Juriste de formation, Abigail Seran est une écrivaine suisse qui vit en Valais avec mari, ado, chien et chat. Un autre jour, demain est son premier recueil de nouvelles, après trois romans, dont Jardin d’été publié aux Éditions Luce Wilquin en 2017, et un livre de chroniques illustrées.
En librairie le 5 avril 2018

Les premières lignes
Jusqu’à se brûler la peau. Laisser l’eau. Sur la nuque, bouillante. La vapeur qui efface le reflet pour se sentir moins moche dans le miroir. Le shampoing dans les yeux. Oublier. Les autres, le monde, les contraintes, soi. Vouloir disparaître dans le siphon aux eaux sales. Peau de Sioux sous le jet agressif. Monter la température parce que le derme s’est habitué. Refuser d’arrêter. Saisir le pommeau. Passer à l’eau glacée. Ces petites entailles sur les jambes, le ventre, la poitrine, qui coupent le souffle. Et dans un geste de rage, arrêter la torture.
S’emmitoufler dans une serviette. Une silhouette trop dodue qu’on ira couvrir bien vite. Éviter le miroir tant que la transformation n’est pas achevée. Un matin comme un autre, entre abandon et espoir.

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Dieu le potier et quelques autres – Françoise Houdart

Douze histoires. Douze stations sur le chemin de Vie, d’amont en aval, de la source furtive à l’infini delta. Douze instants de la vie d’hommes et de femmes, héros malgré eux de leur propre histoire, saisis au vif d’un éblouissement, au reflux d’un souvenir ou dans la débâcle de la lucidité. Quelles croix de rêve et de vécu ces êtres-là ont-ils été chargés de porter sur ce chemin jusqu’au seuil de nos cœurs, dans la lumière de notre conscience, et de les y planter là, pour que nous nous reconnaissions en chacun d’eux ? Pour que leur histoire particulière se confonde à la nôtre dans les replis de notre mémoire.

Traductrice de formation et enseignante, poète, nouvelliste et romancière, Françoise Houdart tente, à travers l’écriture, d’explorer les chemins entre réalité, vraisemblance et fantasmes où marchent, se perdent, se trouvent, s’aiment ou se débattent des personnages qui nous ressemblent. Son œuvre romanesque comprend à ce jour dix-huit titres, tous publiés par les Éditions Luce Wilquin. L’auteur déploie aussi de multiples activités dans les bibliothèques et les écoles.
En librairie le 5 avril 2018

Les premières lignes
La grosse Mercedes noire s’est immobilisée dans un discret ronflement qui s’étiole aussitôt dans le silence. Temps pétrifié. L’attente plane, indécise. Soudain, venu du silence même, le bref sifflement d’un oiseau sentinelle. À l’arrière de l’automobile, un léger mouvement de la vitre teintée qui descend, lentement, devant un visage encore à-demi dissimulé dans la pénombre de l’habitacle. Puis la voix, calme elle aussi, comme épargnant son souffle :
« C’est bon, Louis.  Nous attendrons quelques minutes encore. »
Combien de fois ce scénario ne s’est-il pas répété, au même lieu, à la même heure matinale, quelles que soient la saison, l’humeur du temps ou celle de la vie ? Combien de fois, attentif au moindre signe de son discret passager, partageant avec lui, jour après jour, l’émerveillement toujours renouvelé du rendez-vous avec l’étang à la frange du matin, Louis ne s’est-il pas enivré des fortes haleines de l’air pénétrant furtivement dans la voiture par la vitre baissée, odeurs fangeuses des vases croupissantes mêlées aux senteurs sauvages des terres et des herbes humides de la berge ? Ce matin, un trait folâtre d’ail sauvage se hasarde dans l’habitacle. Louis s’éclaircit la voix avant de se tourner vers son impassible passager :
« Ce sera quand Monsieur…
– Attendons encore un moment. L’eau est si calme, Louis. Si calme.
– Oui, Monsieur Rémi. Calme. Si calme…
– Et brillante. Si brillante… Ce scintillement, Louis. Mon dieu, ce scintillement !… »
Le regard du vieil homme s’envole comme s’évade un oiseau de sa cage entrouverte ; s’envole, touche, effleure la peau nacrée de l’étang ; ricoche au ras de l’eau, puis se disperse dans la gaze lumineuse de la brume matinale. La jeune lumière d’avril ébouriffe les tendres feuillages des bouleaux du pourtour en réveillant les nids. Bientôt commencera l’incessante tâche du gavage des petits et, dans les coulisses herbeuses de la rive, les vigoureuses joutes oratoires des batraciens impatients.
« Monsieur  Rémi ?…
– Allons-y, Louis. Fais exactement comme d’habitude. Exactement.
– Oui, Monsieur. Exactement. »

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La petite musique de Jeanne – Ethel Salducci

Si la ville de Sens en avait un pour Jeanne, ce serait la musique.
Quand elle y débarque avec deux valises et son envie d’ailleurs, la mer est loin et la maîtresse de maison arbore un air sévère, mais Jeanne sait que les cigales patientent sous terre avant de passer l’été à chanter.

«Sur l’estrade, Jeanne s’apaise, absorbée par les gestes simples. Régler le pupitre. Vérifier la coulisse du trombone. Ne pas regarder l’assistance. De toute façon, elle n’y connaît personne. Ne pas perdre de vue son objectif, partager la musique. Premier morceau. Un Caprice de Jérôme Naulais. Vibration des lèvres sur l’embouchure, le souffle s’est placé, et le staccato s’articule sans anicroche. Après une pause symbolique, poursuivre avec la réduction pour trombone de la Danse macabre de Camille Saint-Saëns. Pourquoi avoir choisi un titre aussi lugubre ? Envie de rire… Non, pas ici, pas maintenant ! Jouer, jouer et devenir musique.»

Née à Nice en 1968, Ethel Salducci a trouvé à Paris un équilibre entre chiffres et lettres. Elle a publié chez Luce Wilquin un recueil de nouvelles, Singulière Agape, qui a remporté le prix Ozoir’elles 2015. La petite musique de Jeanne est son premier roman.
En librairie le 1er mars 2018

Les premières lignes
La Signora sta poco bene. Le proviseur en personne est venu le dire aux élèves, en VO. Bref, la prof d’italien est absente. Fin des cours dès quinze heures, pas de khôlle aujourd’hui, Jeanne est libre. Elle a enfourché son vélo et chantonne. Une fille de khâgne l’a invitée samedi soir à une fête. Il y aura de la musique, des garçons. Au bout de la rue Cassini, la blancheur de l’église du port sous le soleil. Elle remonte le bas du boulevard Carnot. Sa mélodie légère flotte dans l’air. Elle rentre sa bicyclette dans le hall et grimpe les marches deux à deux jusqu’au quatrième étage. Sa mère se tient dans l’entrée, droite comme un I.
« Salut M’man !
– Jeanne… »
Sa mère hésite. Elle a vieilli. Elle n’était pas comme ça ce matin.
« Ben, t’en fais une tête !
– Jeanne, ma Jeanne, j’ai quelque chose à te dire… »
Ah, non, pas ça ! Pas de plaintes maintenant. Surtout pas de doléances contre son père. Jeanne se moque des histoires d’adultes. Il fait beau, elle n’a pas cours et la plage l’attend. Le regard de sa mère est étrange. Ses yeux sont cernés.

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Avant les Tournesols – Sarah Berti

Mons, mai 2006, Lena Orioles est retrouvée morte à son domicile, le crâné fracassé. Son amant, un père de famille du voisinage, avoue très vite le meurtre, l’arme du crime ayant été retrouvée dans son jardin. Un seul témoin de la scène : Paloma, un bébé. Le fils aîné de dix-huit ans prend alors ses deux petites sœurs en charge, et tous trois grandissent comme ils le peuvent, entre colère et désespoir.
Juin 2016, un témoignage inattendu innocente l’accusé. Smeralda, rentrée de l’école après le meurtre, est devenue une jeune femme sensible, éprise de danse. Hantée par le souvenir de sa mère, elle décide de prouver à tout prix la culpabilité de l’accusé et mène sa propre enquête. À travers de nouvelles pistes non explorées au moment des faits, elle se découvre une mère amoureuse de l’art, de la beauté, gourmande d’amour, une femme forte et déterminée, dont les fêlures ont précipité le destin.

Sarah Berti (1974) publie ici son dixième opus, en se démarquant de ses trois précédents polars, les fameuses enquêtes de Tiziana Dallavera ancrées dans la région de Rebecq en Brabant Wallon et parfumées d’épices italiennes.
En librairie le 1er mars 2018

Les premières lignes
Smeralda, aujourd’hui
Depuis l’âge de six ans, je hais Antoine Jankovic. Je hais ses cheveux châtains toujours en bataille, et ses fins doigts maladroits dont l’annulaire gauche reste replié, un peu comme un crochet. Je hais ses petites lunettes en métal et ses yeux pâles aux longs cils, son regard doux presque soumis. Je hais ses pulls mal ajustés, toujours de guingois sur son corps voûté. Ses sourires timides. Son parfum Fahrenheit trop suave. Sa petite mallette en cuir usé, comme s’il voulait qu’on le prenne pour un professeur, un assistant universitaire aux pantalons de velours, lui le simple informaticien de bas étage chez Hollister Computer.
Contrairement à l’amour ou au chagrin, la haine ne faiblit pas avec les années. Elle est comme le vin, elle bonifie. Elle prend le goût de la vie, du destin, elle infiltre chaque souffle, chaque seconde. Elle me remplit le cœur et l’âme, chaude, collante, une douceur sur ma colère. Un objectif. Un secret.
Quand je danse, je peux la palper, invisible elle semble quitter mon corps quelques heures et, pendant que je respire enfin librement, elle vogue devant moi, aérienne, noire et frémissante. Personne d’autre ne la voit. Personne d’autre ne sait, ni mes élèves, ni même Louise, qui devine pourtant tant de choses.

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Rendez-vous à la Foire du Livre de Bruxelles

À vos agendas !

Meilleurs vœux !

Cobre (cuivre) – Michel Claise

Chili, 11 septembre 1973. La junte militaire renverse le gouvernement démocratiquement élu. Le président Allende se suicide dans son palais de fonction, la Moneda. Juste avant, il a confié à son jeune chargé de communication une mission secrète, qui va entraîner celui-ci sur les routes, dans les mines et dans les geôles d’un pays désormais sans espoir social. Car le Chili bascule dans l’horreur : exécutions sommaires, arrestations arbitraires, tortures… Jorge se terre durant plusieurs semaines dans la cave d’un restaurant ami, avant de tenter de prendre, sous une fausse identité, la direction de la Bolivie. Mais le meilleur policier du pays, le commissaire Ramón Gil, a été chargé de l’arrêter. Et la traque commence. D’Antofagasta au camp de concentration de Chacabuco, où il est torturé, et au désert d’Atacama, le héros va vivre une transmutation pareille à celle du cuivre, la richesse du Chili.
Les faits historiques et les anecdotes qui animent le récit sont rigoureusement réels, certains personnages ont existé.

Michel Claise est juge d’instruction, spécialisé dans la lutte contre la criminalité en col blanc. Dans son huitième roman, il a souhaité rendre hommage aux héros chiliens, mais aussi dénoncer les exactions commises par un pouvoir absolu sans respect des libertés et des droits de l’homme.
En librairie le 6 octobre 2017

Les premières lignes
Impeccablement habillé, pantalon noir repassé et veste blanche à boutons dorés garnie d’épaulettes, Edouardo, le front couvert de sueur, cherchait à se frayer un chemin parmi les convives, porteur d’un plateau garni de coupes de champagne qui s’entrechoquaient de plus belle, tant la main du serveur, pourtant aguerri, tremblait. Cela faisait deux ans qu’il avait été engagé par le señor Paulo Rosales, le gérant du plus bel hôtel Art déco de la capitale chilienne, le Careras, et son professionnalisme avait été rapidement reconnu par la direction, au point de le promouvoir comme chef de rang dans la salle des grandes réceptions. Situé au dernier étage, l’emplacement était renommé pour son immense terrasse surplombant le centre-ville, d’où la vue s’étendait jusqu’à la place de la Moneda et l’ancien palais diplomatique, que le Président Salvador Allende avait choisi comme siège de son gouvernement. Ce jour-là, rien ne se passait comme d’habitude. Son patron lui avait demandé la veille assez tard de commencer son service à neuf heures, car un client avait commandé une réception importante, et ce, curieusement, à partir de dix heures du matin. La femme d’Eduardo avait repassé son uniforme qu’il avait emporté sur un cintre. Il était pressé : il avait à peine eu le temps d’avaler un café. Dans le bus, les gens étaient nerveux, parlaient entre eux. Il se passait quelque chose de grave. Certains avaient appris par la radio tôt le matin que des troubles secouaient le pays et que des arrestations en masse étaient en cours. Mais personne n’en savait beaucoup plus. À l’arrêt Plaza de Armas, le bus s’était vidé. À peine descendu, comme les autres usagers, Edouardo avait sursauté : ils entendaient au loin comme des coups de feu. Les travailleurs matinaux avaient été, comme lui, surpris par le claquement de détonations toutes proches. Un passant leur avait crié que l’armée montait à l’assaut du palais présidentiel. Un autre avait confirmé que c’était un coup d’État. Edouardo, sous le choc, avait hésité un instant : il eût été plus prudent de faire demi-tour. Mais son travail était trop important pour lui et sa famille. Et puis, un ordre du patron, ça ne se discutait pas.

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À L’Hermine blanche – Kyra Dupont Troubetzkoy

Sacha a cinq ans lorsqu’elle chute brusquement d’un immeuble. Sa mère, Sophie Kniazky, une princesse russe malade d’amour, vient tout juste de décéder. Une idée germe, qu’on ose à peine formuler : et si la petite avait sauté ? Son entourage préfère enterrer ces drames trop complexes, tandis que Sacha voit s’éloigner le souvenir des jours heureux passés avec sa mère et Sam, l’amant de celle-ci. Il devient impossible de lui faire parler de sa tsarine au destin tragique, dont les mondains ont fait une icône. Mais à trente ans, l’âge exact auquel sa mère rendait l’âme, un verdict médical sans appel exhorte Sacha à sortir du silence. Si elle veut comprendre qui elle est, elle n’a d’autre choix que de partir sur les traces de Sophie, de son prestigieux nom de famille et de ses aïeux aux secrets inavouables, dont le monde s’est effondré avec la révolution bolchévique.
Un roman d’amour mêlant la grande et la petite histoire
Un conte intime devenu fresque romanesque
Un brin russe, un brin français

Franco-suisse, Kyra Dupont Troubetzkoy (1971) est d’abord grand reporter avant d’entamer de nombreuses collaborations en presse et en télévision en France, aux États-Unis et en Suisse. Elle quitte le journalisme en 2007 pour se lancer à plein temps dans l’écriture. Mariée et mère de deux enfants, elle vit pour l’instant à Dubaï.
En librairie le 6 octobre 2017

Les premières lignes
Ils étaient si proches d’être heureux. En somme, ils l’étaient. Tous les trois. Tous les trois, je, il, elle, réfugiés dans la zone confortable de l’enfance. Ils avaient laissé en bas la plaine et ses rumeurs. Sophie, et son Titi, et Sam formaient un cercle presque parfait. Percevaient des dangers que la présence bienveillante de la montagne amoindrissait. Là-haut, dans le petit nid de L’Hermine blanche, le temps s’écoulait vers un compte à rebours inconnu d’eux. Et chaque jour, à quelques détails près, bruissait la même musique du bonheur.
Gestes répétés. Sophie s’occupe du petit-déjeuner. Elle tient à organiser les repas et leur rythme inlassable, rassurant. Et puis, elle est un peu insomniaque, alors… Elle dispose les bols sur la table en pin, cling cling, y place les cuillères, fait crisser les pieds de la chaise sur le carrelage froid de l’hiver, attrape dans le tiroir le coquilleur à beurre, outil préféré de sa petite Titi. Il fait encore nuit dehors. Oui, il est tôt, ne pas faire trop de bruit. Titi et Sam dorment encore, je, il, êtres chers. Froufrou de la robe de chambre, odeur de café au lait. Elle s’assoit, rien ne presse. Tandis qu’elle racle la motte de beurre pour en faire des coquillettes, Sophie savoure ce moment entre nuit et jour où rien n’est encore joué. Trêve, moment de tous les possibles.
Que leur réserve la journée à venir ? Doucement l’aube approche, murmure à son oreille des promesses intemporelles. Dans la nuit qui s’étire encore, Sophie espère être à la hauteur de ses éternités. Tout à l’heure, elle emmènera Titi à la crèche. À genoux, à la hauteur de ses quatre ans, boutonner le petit manteau, croiser l’écharpe sur la poitrine, ajuster le bonnet sur les oreilles toujours froides, passer chaque petit doigt dans son écrin de laine. Gestes de maman, appliquée. Elle fait du mieux qu’elle peut. Doucement fermer la porte. Chut, il ne faut pas réveiller Sam. Complicité entre la petite et sa mère. Se retenir encore un peu et, sitôt franchie l’entrée de l’immeuble, s’élancer toutes les deux dans le petit matin froid.

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Éclipse – Françoise Houdart

L’éclipse est à présent totale. Il est un peu plus de quatre heures du matin, et le spectacle est grandiose. Lune rouge, lune de sang. C’est un peu troublé que Sacha regagne son appartement au troisième étage de son immeuble. Le jour se lève déjà. Le silence qui l’accueille dans le hall d’entrée a une étrange résonance. L’intuition du vide lui saccage le souffle. Il pénètre sans bruit dans la chambre où il avait laissé Mado, sa femme, avant de descendre sur l’esplanade pour jouir du spectacle de l’éclipse. Mado n’est pas dans le lit. Il traverse l’appartement, appelle : Allez, montre-toi, Mado… Mais elle ne répond pas. Rien ne manque à l’ordon­nance du quotidien. Rien, sauf Mado.
Tétrade… Lune pourpre… Éclipse… Dans ce dix-huitième roman, Françoise Houdart sonde les mystérieux rapports qui mêlent aux fantasmes les plus déconcertants les cycles lunaires et la fécondité.

Traductrice de formation et enseignante, poète, nouvelliste et romancière, Françoise Houdart tente, à travers l’écriture, d’explorer les chemins entre réalité, vraisemblance et fantasmes où marchent, se perdent, se trouvent, s’aiment ou se débattent des personnages qui nous ressemblent. Son œuvre romanesque comprend à ce jour dix-huit titres, tous publiés par les Éditions Luce Wilquin. L’auteur déploie aussi de multiples activités dans les bibliothèques et les écoles.
En librairie le 15 septembre 2017

Les premières lignes
Lune pourpre. Tache de sang au front sombre du ciel. Depuis quelques jours, les médias sont en alerte rouge, excitant les fantasmes, jouant avec doigté sur le clavier des peurs larvées ou surfant sur la grande vague d’une curiosité collective savamment entretenue par les professionnels autoproclamés en matière d’astronomie et les augures de tout poil.
Immobile dans son lit, Sacha a compté les trop lentes heures nocturnes jusqu’à ce que le bip du radio-réveil le délivre enfin de la crainte de s’endormir pour de bon. Il est deux heures trente à peine. Madeleine dort profondément à ses côtés, si frêle et frileuse Mado. D’elle n’émerge du dôme de l’édredon que la masse bouclée de ses cheveux clairs dans lesquels il passe légèrement la main. Il n’insiste pas : Madeleine a le sommeil si profond que l’en arracher risquerait de transformer le plaisir anticipé du spectacle astral annoncé en angoisse cauchemardesque. « Dors, alors, petite marmotte », murmure-t-il en déposant un rapide baiser au hasard dans les boucles éparpillées avant de se glisser hors du lit. Un coup d’œil à sa montre : il est temps. Il se hâte de passer, par-dessus le training qui lui a servi de pyjama, la veste molletonnée préparée hier soir en prévision de son escapade nocturne. La porte de la chambre n’a pas grincé quand il l’a repoussée, sans toutefois la refermer tout à fait, saisissant au passage la paire de jumelles, son trousseau de clés et le portable que Madeleine a eu soin de déposer sur la commode qui encombre le hall de nuit. Oui, il est temps.

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Rien n’arrête les oiseaux – François Salmon

Qu’elles parlent d’amour, de haine, de chaussure gauche ou de microbiologie, les huit nouvelles de ce recueil jouent à ouvrir des brèches dans le quotidien, pour y laisser filtrer le vent grisant de l’imaginaire.

Des histoires comme des bulles de savon qui volent à la dérive dans notre quotidien

François Salmon (1975) habite à Tournai avec la femme de sa vie et leurs trois grands enfants. Tous les matins de la semaine, il glisse le bas de son pantalon dans sa chaussette droite, grimpe sur son vélo et longe l’Escaut pour aller enseigner le français et l’art dramatique. Certains jours, sa passion pour les histoires et le spectacle vivant l’entraîne vers d’autres itinéraires : projets d’écriture, animation d’ateliers, mise en scène amateur… Trois de ses pièces de théâtre ont paru chez Lansman dans la collection La scène aux ados . Son premier recueil de nouvelles, Rien n’est rouge, a reçu en 2016 en France le prestigieux Prix Boccace ainsi que le Prix Littér’Halles (prix de la Ville de Decize et coup de cœur des lycéens).
En librairie le 15 septembre 2017

Les premières lignes
Vincent avait bâti sa maison dans un repli du Massif central. Il y vivait seul, parmi les volcans pacifiés, bien à l’abri du monde, de ses hâtes et de ses réseaux. À bientôt quarante ans, il ne manquait de rien. Ses journées étaient pleines, longuement occupées par ses deux raisons d’être : un jardin et une bibliothèque, qu’il cultivait sans distinction comme si l’une était le prolongement naturel de l’autre. Jamais il ne binait ses plates-bandes sans penser au dernier chapitre de Candide. Jamais il ne cueillait un ouvrage dans un présentoir sans rendre hommage aux arbres qui en avaient fourni le papier. Et du matin au soir, sans urgence et sans chagrin, il regardait la vie se faire et se défaire entre feuilles de romans et lignes de salades.
Il pensait sincèrement n’avoir besoin de rien d’autre que de cela, des livres et des semis, jusqu’au jour où Mélanie débarqua dans son existence. Jusqu’au jour où elle y tomba, pour être plus précis, puisqu’il la retrouva allongée sans connaissance au milieu des jeunes plants d’artichaut romagna qu’il bichonnait depuis l’automne et qu’elle avait bouleversés dans sa chute. Le corps inerte de l’inconnue, enveloppé dans la toile de son parapente, enrubanné d’un fouillis de suspentes et de sangles, avait l’air d’un cadeau d’anniversaire vite et mal emballé par un enfant impatient… Son visage était extrêmement pâle. Un filet de sang, coulant de son casque vers ses paupières fermées, lui glissait le long du nez. Un moment, Vincent la crut morte et resta interdit à quelques pas du désastre. Ce n’est qu’en écartant doucement l’impalpable tissu jaune de l’aile qu’il vit remuer la poitrine de la jeune femme, fascinant mouvement de flux et de reflux qui lui révéla qu’elle était encore avec lui.

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