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Françoise Houdart Tu signais Ernst K. |
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Collection Sméraldine, 2005 |
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Traductrice de formation, Françoise Houdart a enseigné lallemand dans lenseignement supérieur jusquau jour où elle a décidé de vivre, sinon de sa plume, du moins avec et par elle, une existence dont elle seule gardera la maîtrise du temps. Neuf romans, tous publiés chez le même éditeur – La vie, couleur saison, La part du feu, Camino, Quatre variations sur une fugue, ... née Pélagie D., Femme entre quatre yeux, Belle-Montre, Textes pour la gisante et La petite fille aux Walalas – constituent à ce jour son œuvre en prose. |
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Février 1917. Juliette avait regardé le jeune soldat allemand qui se présentait à elle, muni dun ordre de réquisition de logement sous son toit, avec un étrange sentiment fait de peur et de pitié. «Je mappelle Ernst K.», cétaient les seuls mots quavait pu réunir ce gamin de dix-neuf ans à peine, dans un mauvais français fortement teinté de cet accent exécré qui donnait la nausée. Il était entré dans la maison avec sa panoplie de combattant en sursis : désormais lennemi avait un nom. Il partagerait la sphère intime de la famille. Il dormirait dans la chambre contiguë ; si proche que la vie se règlerait au seul métronome de ses pas dans lescalier et sur le plancher de la chambre. |
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Tous le ressentaient ; cela venait de la terre même, la terre gelée ; cela se propageait sous la surface, comme un serpent deau ; cela grimpait le long des jambes, agitait les tourbes des ventres et plantait ses griffes dans la chair. Quelque chose approchait. On lentendait descendre de son repaire, ce maudit pays doutre-Rhin dont on savait la barbarie, colossal mille-pattes frappant le sol de ses milliers de bottes. Le piétinement sourd retentissait à linfini dans les poitrines serrées sous des châles de laine noués dans le dos, et la mémoire du terrible, toute recroquevillée dans les cœurs, se mit à suppurer. Les revoilà !... murmurait-on dans la foule massée le long des trottoirs de la rue François Dorzée, depuis la ferme du haut du tournant. Les barbares... Les Huns... Les revoilà ! |
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